Carnet d'école
Lundi, 17 novembre 2003
Les druides de la synthèse...
Site à consulter (ou visiter), celui consacré au «Ecoles
différentes», comme ce collège expérimental que
conduisait Marie-Danielle Pierrelée (auteur de : "Pourquoi vos enfants
s’ennuient en classe"), un établissement d’une centaine d’élèves,
que M.D. Pierrelée vient de quitter, après une courte expérience
pédagogique… Le témoignage des enseignants ne trompe pas,
dont voici un extrait : «Mais la vrai perte n’est pas tant pour le
collège Anne-Frank que pour tous ceux qui attendent de l’école
plus de justice, plus d’efficacité, plus de reconnaissance, plus
de plaisir… Nous savons que Marie-Danielle n’a, jamais de sa vie, donné
de leçon sur ce qu’elle ne mettait pas en œuvre elle-même.
Sa rigueur et sa modestie, son exécration des projecteurs, les indifférences
et les hostilités qui lui ont rendu la tâche insupportable,
tout cela réuni parviendrait à faire qu’elle se taise ? Il
faudrait bien que cette parole-là, indépendante des groupes
de pression et des ensembles idéologiques, seulement bridée,
au-dessus, par ce qu’on appelle le devoir de réserve et, sur le terrain,
par les prudences obligées quand on fait les choses pour de bon…
il faudrait bien que cette parole-là continue de résonner.»
J’ai connu, en milieu rural surtout, quelques «classes différentes»,
les «classes Freinet» tout particulièrement… Les réussites
étaient indéniables, propulsées par l’énergie
indéfectible et l’enthousiasme quasi permanent de praticiens hors
pair. Beaucoup d’idées appartenant à Célestin Freinet
(comme à beaucoup d’autres pédagogues sceptiques sur les méthodes
à la hussarde des instituteurs de la République) n’inspirent-elles
pas à présent les programmes officiels ? L’esprit de «rénovation»
insufflé dans la «tradition» pédagogique n’a-t-il
pas fomenté en partie la querelle entre Républicains et Pédagogues
? Osons cet aphorisme : il faut un établissement expérimental
pour appliquer à présent le programme à la lettre…
Mais l’école différente généralisée n’est
plus l’école différente et risque d’être moins parfaite
; la perfection du fragment ne peut sans doute devenir celle de l’ensemble.
Le chêne accueille le gui : une forme d’hospitalité qu’on appelle
aussi parasitisme ; laissons vivre le chêne, laissons vivre le gui...
Pourquoi toujours appeler les druides de la synthèse?…
par liseron @ 2003-11-17 12:28:19
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Mardi, 11 novembre 2003
Armistice...
Le chemin de l’individu et celui de la collectivité deviennent parallèles…
Dans la salle des profs de mon petit établissement, l’information
concernant le Grand Débat (et je ne voudrais pas penser au Grand Combat
de Michaux : «Il l’emparouille et l’endosque contre terre (…)On cherche
aussi nous autres le Grand Secret. ») vient d’être affichée
; invitation à la parole… pour que les chemins de l’individu et de
la collectivité redeviennent sécants ?… Le chemin des écoliers
empruntait ce matin celui du monument aux Morts… Les C.M.2 de la nouvelle
institutrice, qui quitte l’Alsace pour le pays comtois, ont répondu
présents. « Si j’avais su que la sono grinçante allait
diffuser la Marseillaise, je l’aurais fait chanter par mes élèves…
», nous dit Mme S. Les familles étaient plus nombreuses aussi
et ma fille lycéenne, qui se rappelle le pot offert par la mairie,
m’a entraîné dans le défilé… Les Anciens Combattants
mêlés aux enfants, des sourires chaleureux dans le frisquet
d’une matinée brumeuse : une impression curieuse de vieille école…
qui n’empêche pas, bien au contraire, un dialogue avec les élèves
sur la guerre ; une réflexion éventuelle sur le renouvellement
des formes de ce rituel et, peut-être plus sûrement, une parole
renouée entre les Anciens et les élèves... La grande
difficulté de l'école, c’est d’unir et de libérer tout
à la fois ; d’enraciner et d’arracher ; de cultiver et d'épanouir...
l’ombre et la lumière, Rousseau (« Laissez mûrir l’enfance
dans les enfants…») et les Lumières, Condorcet… A Vesoul, la
transformation de l’Ecole Normale en IUFM a coïncidé avec la
disparition de l’hommage aux Poilus … mais la cérémonie vient
d’être ranimée, hier, avec un jour d’avance…
par liseron @ 2003-11-11 16:01:26
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Jeudi, 06 novembre 2003
Le brave soldat IDD...
Un après-midi de vacances de Toussaint… Avec ma fille
lycéenne et l’un de ses camarades de classe, nous visitons
une micro-centrale hydro-électrique. Le turbinier,
retraité de la paysannerie, est intarissable sur son cours
d’eau. Le site se prête effectivement à la passion ;
pas étonnant qu’il ait abrité quelque temps la
première
disciple féminine de Charles Fourier, Clarisse Vigoureux,
belle-mère de Victor Considérant. Et encore, à
quelques kilomètres en amont, dans les mêmes années
1820, un jeune ingénieur stéphanois, Benoît
Fourneyron, expérimentait la première turbine
hydraulique… Nous sommes dans le cadre rêvé
d’un «
lys de vallée » comtoise : Clarisse a 31 ans en 1820,
Benoît 18 ans… Je passe encore sur la forge de
l’endroit, dont subsiste une bonne partie du haut-fourneau qui a
commencé de fumer au XVIe siècle…
Les propriétaires d’aujourd’hui ont ajouté
à tout ce patrimoine une pointe de technologie avancée :
une turbine Kaplan
(et non plus Fourneyron). Un après-midi particulièrement
riche
en découvertes et une joie d’apprendre à laquelle
se prêtaient bien sûr la gentillesse de l’artisan de
l’eau, la somptuosité
du paysage d’automne, et puis les rencontres fortuites, comme
celle de l’âne dans l’île, avec sa
crinière tout emmêlée de bardane (et nous
expliquons à nos lycéens le
«velours-crochet», le Velcro, et puis encore la
«bionique»…) ; un télescopage de temps et
d’aventures très variés : nos élèves
usant et abusant de la fée Electricité n’avaient
jamais pensé
à «tout ça» ; à quand la prochaine
visite ?... Il faudra lire en attendant toute la documentation
prêtée par le turbinier, reproduire certains croquis,
approfondir certaines recherches…
Quelle a été l’origine de cet après-midi
d’école buissonnière ? Une discussion avec ma
fille, élève
de Première, qui ne savait «quoi prendre, quoi choisir,
quoi
faire…avec qui… comment…» en TPE (travail
personnel encadré)…
Nous avons ainsi transformé ce début de crise…
pour en retrouver
une autre, du côté de parents d’élèves
: «Voilà
bien l’inégalité… et les parents qui ne
peuvent guider leurs enfants ? …Pourquoi l’école ne
permet pas de faire ce que vous avez fait à titre privé ?
… Et si un accident était survenu…
quelles responsabilités… etc.» Une antienne
très ancienne. Dans un domaine un peu différent, mais
sous prétexte d’égalisation des situations
scolaires dans les familles, on interdit, dans les écoles
primaires de mon canton, les devoirs écrits à la maison;
cette disposition remonte à quelque dix années, qui ne
faisait qu’appliquer enfin un décret remontant bien aux
années 1950 (vérification : il s’agit de la
circulaire du 23 novembre 1956… qui me fait revoir curieusement
toute une jeunesse studieuse, mais clandestine ?… dans une
famille ouvrière de 6 enfants… encore une exception ?),
mais revenons aux TPE, qui continuent en fait la pratique
collégienne des IDD (itinéraires de découverte),
lesquels entérinent la formule (que j’appelle «pain
blanc», car on pouvait travailler avec des effectifs
réduits) des TC (travaux croisés) de 4e et des PADI de 5e
(admirons l’acronyme / parcours
diversifiés)… Je crois bien sûr à
l’importance du vocabulaire,
des désignations… ; en l’espace de quelques
années à
peine, cette valse d’étiquettes fait sourire,
l’éducation
ne saurait être à mille temps … Qu’importe :
«mise au
plancher» des horaires de français, de
mathématique…
et l’itinéraire de découverte est devenu cette
année,
dans mon collège, le parcours obligé de
l’élève
du « cycle central » (5e et 4e)… Les heures sont
acceptées
(sinon, et par exemple, telle collègue devrait compléter
son
emploi du temps en allant enseigner dans un autre collège
voisin)
; les heures IDD sont d’abord pratiques (et ce n’est pas
une critique) pour
harmoniser, ajuster un emploi du temps dont l’organisation
s’apparente de
plus en plus à la résolution de la quadrature du cercle
(à cause de paramètres de plus en plus nombreux et
vétilleux ; l’enseignement monovalent oblige ainsi grosso
modo chaque professeur à
enseigner 18 heures la même discipline, et tout cela est
difficilement malléable –ou alors mis à mal- dans
le cadre de petits établissements ) ; les élèves
ont théoriquement la liberté
de choisir leur «itinéraire» : en pratique, il faut
redistribuer complètement les effectifs,
rééquilibrer les «
atelier s» qui ont «embauché» trop ou trop peu
d’élèves (à cause du prof, à cause du
thème…)… Un coup d’œil
sur quelques autres conséquences encore : les horaires de
disciplines
«mis au plancher» permettent à une jeune
collègue,
qui occupe son premier poste, d’enseigner le français
à cinq
classes (4 heures x 5… et sur deux établissements
!)… Mon texte s’allonge,
car je dois faire partie de «ces écorchés»
que
le billet de Catherine Henri (dans «Le Monde de
L’Education»
de novembre) évoque avec beaucoup d’émotion
(«…comme
Barthes disait que les amoureux le sont.»). Mon collège
s’était
fait une spécialité, depuis une vingtaine
d’années,
de certaines activités interdisciplinaires… Je me
souviens même
du point de départ, au tout début des années 1980,
qui
composait avec le sigle «Pacte» (projet
d’activités éducatives) ; ce furent ensuite les PAE
que nous conjuguions avec les «classes
découverte»… et il y a, au profit de la
connaissance, un gisement
de découvertes, de surprises, d’étonnements…
immense, tout
simplement au seuil de sa porte. Aujourd’hui, je n’ai
jamais entendu autant
de rancoeurs et de récriminations autour de ces activités
interdisciplinaires
; car l’on bourre dans le même moule des logiques
contradictoires…
quant à l’utilisation, par exemple, de l’espace
scolaire (la salle
de classe est l’unité de lieu d’un cours;
l’IDD, le TPE peuvent prendre
du large, ont le désir de larguer certaines amarres); quant
à
l’utilisation bien sûr du temps (l’heure est
l’unité de temps
du cours; l’IDD, le TPE peuvent réclamer d’autres
rythmes). Le temps
de l’éducation ne peut être celui de
l’économie, celui
de la politique, celui du loisir…; l’historien F. Braudel
avait insisté
sur différentes durées constitutives du temps de
l’histoire,
le temps de l'éducation est aussi fait de temporalités,
de
rythmes variables. Dans le domaine des IDD, une politique trop
ambitieuse,
trop excessive finit par détruire ce qu’elle croit servir
; et la
politique scolaire est devenue ces dernières années
beaucoup
trop assourdissante, beaucoup trop péremptoire (la
séquence
en français, le décloisonnement, les arts à
l’école…)
: et je vois toute cette glose entrer par une oreille, sortir par
l’autre;
glose collective, oreilles individuelles. «Il faut sauver le
soldat
IDD», dit pourtant J. M. Zakhartchouk, dans le dernier
numéro
du «Monde de l’Education». Faisons surtout attention
de ne pas
oublier les qualités du «brave soldat Chveik»,
celles
encore de Sancho Panza… «Hommes, soyez humains,
c’est votre premier
devoir…» s’écrie Rousseau dans les
premières pages du
livre second de l’Emile…
par liseron @ 2003-11-06 07:32:30
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Jeudi, 30 octobre 2003
Question d'architecture...
Encore dans la librairie d’hier… une lycéenne m’aborde, qui recherche
–et ne trouve pas- le rayon de la littérature. C’est que la librairie
est vaste, parfaitement achalandée ; mais il est vrai aussi que la
pédagogie comme tous les textes du genre « mode d’emploi »
colonisent les rayons… Je rapporte encore un livre sur l’école, qui
n’est pas de pédagogie, mais véhicule néanmoins une
«petite philosophie» : « Eloge de la transmission : le
maître et l’élève », et c’est une jeune professeur
de lettres qui le signe en compagnie de Georges Steiner. L’expérience
de Cécile Ladjali (publication d’un recueil de poèmes, puis
réalisation d’une pièce de théâtre…) me paraît
tout à fait authentique, le dialogue avec G. Steiner totalement sincère
(j’avais d’ailleurs écouté déjà les voix sur
« France-Culture », dans la remarquable émission qui n’est
plus : « Cas d’école », animée par Nicolas Demorand).
Ce que je ressens profondément, en lisant ce livre, c’est la position
toujours difficile de l’enseignant entre tradition et modernité ;
être tout à la fois répétiteur et défricheur,
sur les frontières séparant le connu et l’inconnu ; territoire
de lisières, travail à l’orée… il y a dans l’enseignement
toujours cette recherche de dépaysement, cet agrandissement du pays
de soi-même –et donc cette humilité (humus) toute paysanne dans
le travail d’école. L’école publique française calque
institutionnellement l’histoire administrative du pays ; il s’est agi de
faire l’unité à partir du multiple, de confectionner un habit
d’Arlequin sans couture… Le travail de Cécile Ladjali avec ses élèves
de Drancy ne propose aucune recette, aucune prescription pour réussir
à l’école ; il signale seulement la diversité de nos
expériences scolaires et au cœur de ces expériences les plus
prometteuses se mélangent en parts très diverses des grains
de folie, de l’enthousiasme, de la liberté, de la surprise… toutes
sortes de denrées difficilement mesurables à l’avance. A partir
de la diversité des parties, il revient aux architectes (de l’Etat)
de réaliser l’unité d’ensemble. L’architecture des maisons
paysannes est un bon repère : regardez un village français,
aucune ferme ne se ressemble, n’observe le même plan… mais l’ensemble
respire l’unité. Notre débat sur l’école ne peut aboutir
à une architecture répétitive, uniformisante… celle
totalitaire et grise des «grands ensembles». Le collège
doit bien sûr rester unique, mais aussi parfaitement divers…
par liseron @ 2003-10-30 05:53:02
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Mercredi, 29 octobre 2003
Rouge et noir...
Visite du site Internet consacré au "débat national sur l’école"
: une documentation imposante, qui émane du ministère et d’experts
de tous ordres… Je suis pour quelques jours à la ville et visite
les librairies : une somme colossale de livres consacrés à
la pédagogie et à la préparation des concours de professeurs…
Un trop-plein de réflexions, d’idées, de propositions qui
finit par lasser, par rendre nauséeux… Passant devant la cathédrale,
je me suis demandé si elle avait nécessité beaucoup
d’échafaudages ; à trop échafauder, ne perd-on pas
de vue l’édifice ? Bref, à trop fréquenter les penseurs
ou parleurs de l’école, l’envie survient de leur tourner le dos ;
mais il ne reste plus alors à l’humble enseignant (à temps
plein) qu’à se frotter à la réalité... Les corbeaux
haut perchés savent protéger dans le confort les fromages
éthérés de la pédagogie... qui ne tomberont
pas à point dans nos cartables. Notre consolation : trouver trop
verts les raisins d’une pédagogie hors d’atteinte… La pédagogie
dans les classes est toujours de couleur plus vive; couleurs de passion
et de travail...
par liseron @ 2003-10-29 16:39:14
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Mercredi, 22 octobre 2003
Candide contre Pangloss...
« …la part une fois faite des phénomènes de conditionnement
social ou collectif, la vue la plus raisonnable pourrait rester celle de
Platon, d’après qui le bénéfice de l’éducation
intellectuelle se mesurera à la qualité du "naturel"… /…un
certain abus de l’autorité pédagogique, avec lequel des contenus
idéologiques pouvaient être présentés comme scientifiques,
est aujourd’hui non seulement dans le fait mais en idée, plus insupportable
qu ‘il ne l’a jamais été… » Il me prend ainsi l’envie
de citer des phrases qui résonnent en moi avec l’évidence d’une
longue expérience d’enseignement. Il y a bien sûr pléthore
de livres sur l’école (et ce n’est pas forcément un signe de
bonne santé), des livres polémiques, anecdotiques, didactiques…
: on dénonce l’école, on raconte la vie à l’école,
on dit comment faire l’école… Et pour clarifier encore le débat,
sur les présentoirs des librairies, l’an passé, côte
à côte : «Sale prof !», «La haine des élèves»,
«L’enseignement mis à mort»… on n’est plus décidément
au temps de l’humour, avec par exemple «Le poisson rouge dans le perrier»...
Je termine un livre sur l’école différent, différent
malgré son titre encore batailleur : «Une école contre
l’autre»… Son auteur, Denis Kambouchner, a délaissé
quelque temps ses études cartésiennes (il est spécialiste
de Descartes) pour réfléchir, discuter, argumenter posément
(et c’est vrai, j’ai souvent posé le livre, pour le reprendre, le
délaisser à nouveau… tant le cheminement est difficultueux…)
Il y a, me semble-t-il, au bout de ce difficile parcours de lecture, des
paroles qui sonnent juste ; pour retrouver ces accords, je reprends le livre,
le relis par petits morceaux, dans le désordre. Par exemple, il y
a cette phrase que je ne retrouve pas pour l’instant, mais qui dit que l’école,
c’est un peu plus qu’un établissement scolaire ; et je comprends bien
qu’un chef d’établissement ne saurait être un chef d’école…
Il y a des vues fortes et simples sur la culture classique, qui a traversé
l’Antiquité, le Moyen-Age, la Renaissance… : «Cette éducation
n’a donc pas seulement été assujettissement à certaines
formes imposées : elle a été éducation à
l’invention paradoxale et à la parole brève, à la décision
prompte et à la réplique acérée.» Cette
éducation a bien sûr formé des maîtres, mais aussi
des hommes et des femmes d’action ; les connaissances littéraires
et scientifiques donnent les bons politiques (et le chef d’établissement
scolaire doit être un bon politique)… De ce point de vue, l’Education
Nationale doit se pencher sur certains verbiage et parasitisme ; trouver
l’intelligence pragmatique, un nouveau chemin de simplicité… Le livre
de Denis Kambouchner nous oriente vers cette possible reconstruction pacifiée…
par liseron @ 2003-10-22 06:39:30
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Lundi, 20 octobre 2003
Conception et construction : le fond et la forme de l'école...
L’école primaire, jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle,
se faisait au village dans des maisons de particuliers, d’où l’appellation
«maison d’école» ; puis les communes ont fait construire
un bâtiment spécifique qui, par économie, abrite également,
dans beaucoup de bourgades, la mairie : mairie-école sous le même
fronton, c’est le symbole fort de la Troisième République…
La petite école d’un hameau isolé de ma commune était
forcément une école mixte ; deux instituteurs se partageaient
l’unique salle de 60 mètres carrés (presque 80 élèves
en 1898 !), mais un inventaire de mobilier, en 1861, signale «un grillage
en bois pour la séparation des deux sexes». Dans l’école
du bourg (construite en 1864), une parfaite symétrie de façade
met en évidence les deux entrées : école des filles,
école des garçons; deux salles de classe par aile de bâtiment
(ce n’est pas encore une classe par âge), une quarantaine de baies
au total (de l’air et de la lumière)… Isoler, surveiller, cloisonner…,
l’école est bien sûr contemporaine de l’hôpital, de la
prison... et l’on se souvient du grand livre de Michel Foucault, "Surveiller
et punir"… Cette histoire de l’architecture montre en tout cas la liaison
forte entre le travail scolaire, les idées pédagogiques qui
le sous-tendent et son cadre matériel ; à petite échelle,
la naissance des CDI et l’aménagement de ce nouvel espace l’ont bien
montré… Mon département envisage la rénovation, sinon
la reconstruction, de la plupart des collèges qu’il gère.
Mon collège va être totalement reconstruit, qui appartient
à cette architecture malheureuse et pressée des années
1960 (il fallait construire un collège par jour en France à
cette époque)… Les travaux pourraient débuter l’année
prochaine ; les enseignants usagers (et pas tous) n’ont remarqué
jusqu’alors que le passage éclair d’un «programmiste»…
Bref, l’affaire a toutes les chances de rester celle de l’Administration
(collectivité territoriale en tête) ; le collège se
construira et les profs « râleront » ensuite (attitude
de l’usager mis devant le fait accompli)… Entre une démocratie directe,
qui paralyse toute entreprise concrète, et le «parachutage»
d’un projet coûteux, qui va conditionner l’activité éducative
pendant de longues années, ne peut-on (ne pouvait-on) imaginer une
démarche permettant de penser ensemble (élèves, enseignants,
parents…) l’éducation ? Car une construction scolaire correspond
très certainement à une conception de l’école. Nous
avons (avions) sous la main l’espèce idéale de travail pratique
ou devoir surveillé, dirigé… pour penser l'école du
futur... notre future école...
par liseron @ 2003-10-20 13:30:38
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Dimanche, 19 octobre 2003
Abeille, mouche et bourdon...
Pour dire qu’on aime le CDI, le Centre de Documentation et d’Information
de son collège, on envoie des cartes postales à sa «doc»
et on écrit ainsi son journal de vacances : «Chaleur Devenue
Insupportable… Camping Décidément Immense . Croupissent Des
Insectes. Campeurs Des Immensités Citadines Dénichent Illico
Ces Districts Illimités, Crachotant Décibels Infects. Cette
Dame Irrésistible Cependant Déclarait Invivable Ce Domaine
Irréprochable, Centralisateur des Inhibitions Communistes. Des Invectives
Certainement Douteuses…» Comme son sigle, qui offre une grande souplesse
de déclinaisons, le CDI nous a permis de découvrir la géographie
variable : quitter l’estrade, le rectangle du tableau noir, le rectangle
de la classe, les deux allées droites et les trois rangées…,
quitter une heure la géométrie d’une classe pour un territoire
plus flou, fait d’ombres et de lumières, de coins et recoins… Et puis
l’heure au CDI échappe au carcan de l’emploi du temps, permet une
collaboration… Dans mon collège, la documentaliste est comme la reine
au centre de la ruche : des classes arrivent les ouvriers et les ouvrières,
lourds de rudiments scolaires… Pas question de déposer la matière
(on n’est pas des fourmis), il faut la transformer… en exposés, en
expositions, en affiches, en petits spectales… (on est des abeilles). Le
CDI ne remet pas en cause les classes ; les deux se complètent…, un
peu comme la ferme va avec les champs. On se demande comment on a pu vivre
si longtemps sans CDI… Mais le remembrement que certains pédagogues
nous proposent s’apparente parfois à de la culture «hors-sol»
: il faudrait que chaque classe devienne espace flou, que disparaisse le
«front» de l’enseignement, «la pédagogie frontale»…
; supprimer le savoir trop barbelé de l’enseignant campé dans
une classe sépulcrale… pour la douceur, pour la lumière, pour
la fébrilité de la ruche… Notre CDI remonte au début
des années 1990 : un poste de documentaliste a été créé,
une cloison entre deux classes a été abattue, un nouvel espace
s’est ajouté tout simplement à celui des classes et du bureau
de l’administration. C’est cet aménagement concret et l’enthousiasme
d’une personne déchargée de cours qui ont entraîné
des pratiques nouvelles, des activités, des réflexions, des
curiosités passionnantes… Pour faire son miel, il faut des abeilles
autour et dedans la ruche; mais dans le coche «Education Nationale»,
trop de mouches tourbillonnent, qui nous donnent le bourdon…
par liseron @ 2003-10-19 07:28:07
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Jeudi, 16 octobre 2003
L'urbanité verte...
L’essai magistral de Henri Mendras, «La fin des paysans», remonte
à 1967… mais nos conversations de 2003 continuent d’opposer assez
curieusement villes et campagnes d’autrefois, avec parfois cette inversion
: la ville confondue avec sa banlieue devient zone de barbarie –espace naguère
réservé à la culture-, alors que la campagne hérite
de toutes les vertus de la civilisation… La Révolution française
a d’ailleurs imaginé tous les cadres de la future administration
du pays au sein d’une civilisation rurale triomphante. La Troisième
République, qui parachève l’organisation de l’enseignement
(surtout primaire), s’appuie sur la France paysanne ; la «communale»
de Jules Ferry est une classe primaire des champs… Bref, si l’on continue
à parler dans le sillage d’une réalité passée
–et mes chroniques ont pu laisser deviner un petit bonheur des campagnes-,
certains événements locaux contemporains deviennent troublants.
Deux exemples tout récents… La hiérarchie de l’école
provoque une réunion dans l’ouest du département (considéré
comme agricole) afin de se doter d’outils de mesure (la culture de l’évaluation
commence aussi de battre son plein à l’école)… et «un
suivi de cohorte» est programmé (ce vocabulaire de centurion,
tout droit sorti des aventures d’Astérix, ne devrait pas faire rire).
Stupeur : de la «cohorte» repérée et rassemblée
à l’âge de raison (cours préparatoire en France), il
ne reste plus que 30% des effectifs en sixième ; une triple décimation…
«-Comment mesurer les effets du nouveau dispositif pédagogique
tant vanté dans… si vous n'arrêtez pas de bouger... -Mais Madame
(ou Monsieur), on bouge aussi dans les campagnes, on divorce, on déménage,
on voyage… On n'est pas des arbres…» Deuxième exemple : il est
nettement moins amusant et alimente la conversation, cette semaine, de tout
le canton. Relevons simplement ce titre, dans le journal local daté
de samedi dernier : «Drogues dures entre copains / Quinze jeunes gens
du secteur (…) ont été arrêtés par les gendarmes
principalement pour usage et commerce de cocaïne et d’héroïne.
Dix ont été écroués (…) Trois réseaux
démantelés en un an…» Les campagnes, c’est aussi ce fléau
réputé urbain ; l’urbanité a donc pénétré
largement, depuis quelques décennies, l’«Ile verte» (c’est
l’appellation touristique de notre département). Le nombre croissant
de gîtes ruraux, de résidences secondaires (qui deviennent
aujourd’hui des résidences principales), la circulation des voitures
et des promeneurs en fin de semaine…, toutes ces nouveautés auraient
dû nous mettre la puce à l’oreille. Que sont finalement les
banlieues, sinon ce no man’s land entre deux territoires qui fraternisent
depuis belle lurette : la ville et la campagne… Supprimons les banlieues,
il n’y aura plus que de l’urbanité ! …
par liseron @ 2003-10-16 13:16:52
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Mercredi, 15 octobre 2003
Travail de sapeur...
Je ne lis pas très souvent la presse régionale… à
tort ! Je salue en effet, dans l’Est Républicain d’aujourd’hui, la
chronique intitulée « Par la barbe du Sapeur / Chapiteaux et
têtes couronnées» (le titre de la chronique rappelle
que notre chef-lieu d’arrondissement est la cité natale de l’un des
pères de la bande dessinée, Georges Colomb / 1856-1945, le
créateur de La Famille Fenouillard, du Sapeur Camembert…). La plume
rebelle à plaisir du journaliste rappelle l’inauguration, il y a 15
jours, de la foire-exposition du chef-lieu : toutes les notabilités
de l’endroit étaient présentes, jusqu’à la députée
(les enjeux électoraux de 2004 seraient-ils importants ?). Cette semaine
s’est élevé, sur la place de la ville, un nouveau chapiteau,
dédié cette fois aux « Fêtes de la science »…
Jeunesse des écoles, associations culturelles… participent activement,
depuis plusieurs années, à « l’automne culturel ».
Mais pour le coup d’envoi de cette belle période, aucune tête
couronnée ! … Dans les vitrines des magasins, je vois déjà
poindre les citrouilles d’Halloween ; un défilé d’enfants
(et de parents), précédé de quelques flonflons, a inondé
l’an passé la grande rue de la Sous-Préfecture. Gageons cette
année que le Conseil Municipal et la députée seront
en tête de cortège… Dans « Les Copains », le célèbre
roman de Jules Romains, le député et conseiller général
d’Issoire, M. Cramouillat, avait au moins risqué une mitraille de
pommes cuites lors de l’inauguration de la statue équestre de Vercingétorix.
Aucun danger aujourd’hui de débandade avec la culture en lampions
: les citrouilles ont remplacé le bronze des monuments ; leurs yeux
de braise vous éclairent et vous infusent… la science. On préfère
finalement les allées de la foire… aux aléas de la culture
vivante, culture des professionnels du spectacle, par exemple, culture des
écoles , culture… si la politique sort le pistolet en entendant ton
nom…
par liseron @ 2003-10-15 17:48:31
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Samedi, 11 octobre 2003
Mammouth et Motus...
Notre élève-cascadeur d'hier enseigne au moins une chose
: la gravité n'exclut pas la légèreté... Notre
école française appelle trop souvent l' image malheureuse du
mammouth : sa défense nécessite un peu moins de lourdeur, un
peu plus d'énergie renouvelable, d'élasticité...
Dernièrement, j'ai défendu "Etre et avoir"... Mon journal
d'hier relatait encore cette tristesse : l'instituteur de la classe où
fut tourné le film intente un procès au réalisateur,
car il est l'oeuvre originale, l'oeuvre que le cinéaste a copiée...
La parole parfois manque et c'est le corps qui parle ; la parole parfois
déborde et c'est le blanc qui se sauve... La noirceur est là
et... des coups de pied au corps se perdent.
par liseron @ 2003-10-11 04:19:10
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Vendredi, 10 octobre 2003
Chut ! ...
Un instituteur (ou professeur des écoles) vient de comparaître
devant un tribunal correctionnel pour homicide involontaire : l’une de ses
élèves est tombée par une fenêtre ouverte de
la classe… Comme en écho, cet après-midi et dans mon collège
(de «campagne paisible»), un élève de troisième
quittait la salle de classe par une fenêtre du premier étage.
Une enseignante, qui exerçait au rez-de-chaussée, a vu avec
ses élèves le corps s’affaler devant la fenêtre (quelque
5 ou 6 mètres plus bas), se relever tranquillement et se diriger
vers la salle de permanence. Le cascadeur venait d’être exclu de cours
et refusait de se laisser conduire par un autre élève… C’est
la première fois que je vois cela, disait l’enseignante du rez-de-chaussée,
qui exerce dans l’établissement depuis 28 années... Après
Newton (gravitation des corps), leçon sur la gravité des esprits...
par liseron @ 2003-10-10 16:19:03
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Mardi, 07 octobre 2003
Cro-Magnon, scrogneugneu ! ...
On se souvient de la leçon sur la Préhistoire, l’homme a
quitté progressivement l’animalité par l’outil (et ce sont
les premières images de «2001 : l’odyssée de l’espace»)…
mais quand s’est-il mis à parler ? Problème pour les préhistoriens
: la parole n’a pas laissé de traces matérielles, la Préhistoire
a donc privilégié le dialogue avec le monde matériel.
Il faut attendre l’art pariétal pour apercevoir quelques lueurs sur
l’histoire mentale de nos ancêtres. L’œuvre du grand préhistorien
Leroi-Gourhan appréhende notre aventure sous les contraintes de l’environnement
matériel, la parole semble seconde, dans le sillage lointain du geste
technique… Les «scientifiques» de la parole essaient parfois
d’envisager l’inverse : le mot premier se concrétise un jour dans
un outil, qui entend ainsi « donner raison » à la matière…
La leçon sur l’Egypte, qui vient ensuite, nous laisse effectivement
des souvenirs d’objets-mots : le pschent, le sceptre, le fouet, la balance
d’Osiris…, plus tard la férule du maître… Il y a aussi le geste
qui parle, tout le langage visuel-gestuel et pas seulement auditif-vocal…
Le geste, le mot, la chose : un peu comme la «pangée»
à l’aube de la Terre, on imagine une parole première qui serait
symbiose entre outil, geste et langage humain… et je lis cette surprenante
hypothèse, dans le beau livre de Philippe Breton, «Eloge de
la parole» (2003): «La disjonction de cette parole première,
globale en une parole réservée aux humains et en une parole
réservée aux choses est peut-être à l’origine
de la séparation très tardive dans l’histoire de l’humanité,
entre le monde de la politique et celui de la technique.». L’auteur
s’empresse d’affirmer le caractère hautement spéculatif, sinon
métaphorique de cette réflexion ; il n’empêche qu’il
y a peut-être là une piste pour réconcilier les manuels
et les intellectuels, combler le fossé qui sépare humanités
et activités, et déstabilise tant notre école… Un «communicant»
peut ainsi se définir comme un bavard dont la parole est sans action,
sans effet «matériel», sinon l’irritation de celui qui
la reçoit ; un dire nullement préoccupé de l’écoute,
en aucun cas la «co-production» qui s’instaure déjà
dans la conversation la plus banale… Dans notre maison d’école, trop
de discours se situent en-deçà de cette parole la plus légère
et la plus quotidienne : «Il fait froid, aujourd’hui, Mme X….»
; je n’ai rien à dire à Mme X., mais je lui dis au moins qu’elle
est là, croisant mon chemin dans ce fichu temps de chien… L’éducation
est une affaire de langage et de connaissance du monde (déjà
ancien à notre naissance) ; une affaire de paroles, de gestes et d’outils
; de douceur, de justesse, de singularité…
par liseron @ 2003-10-07 08:37:37
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Samedi, 04 octobre 2003
Répit...
La documentaliste de mon établissement se résigne à
mettre parfois « au pilon » quelques ouvrages surannés,
qui appartiennent encore, pour certains, à la dotation de livres
qui accompagnait généralement l’inauguration de tout nouveau
collège (en 1966, pour mon collège; 2354 collèges ont
été construits entre 1966 et 1975, nous rappelle Antoine Prost,
historien passionnant de l’enseignement)… Elle me les montre et je découvre
ainsi un très beau récit (prix jeunesse 1937), signé
Georges Nigremont : Jeantou, le maçon creusois. L’auteur est en vérité
une inspectrice de l’enseignement primaire, Léa Védrine (1885-1971),
qui souhaite rapporter dans un livre les récits de son grand-père,
paysan et maçon creusois… Cet ouvrage m’a rappelé un autre
inspecteur limousin de l’Education Nationale, célèbre pour
ses biographies : Jean Orieux, qui a écrit aussi un livre de mémoire
sur son pays (« Ma vie n’était que le brassage de vies limousines.»)
: « Souvenirs de campagne »… On trouverait sans doute d’autres
exemples de cette littérature des «inspecteurs» (Peut-être
« Le pain aux lièvres », de Joseph Cressot ?). Question
saugrenue : les inspecteurs écrivent-ils toujours des mémoires,
des textes « fleuris » pour les élèves et leurs
jeunes enseignants ? autre chose que les sempiternels rapports d’inspection
? Prosper Mérimée a rapporté de ses tournées
d’inspection du patrimoine national de passionnants carnets de notes ; je
rêve d’un semblable carnet pour les inspecteurs de l’enseignement…
et la remarque (assez récente) d’une inspectrice venue dans mon collège
m’avait réjoui : « Quand j’ai un peu d’avance, je vais au café
du coin (« Le Soleil » ou « Le lion d’Or » dans mon
village), je prends la température du pays… » On imagine toutes
ces diverses notations, du café à la salle de classe (et l’on
peut s’arrêter encore à la mairie, emprunter le bus scolaire,
« manger à la cantine », suivre un conseil de classe,
visiter bien sûr et quand même un professeur …), l’inspecteur
des villes n’écrirait pas comme l’inspecteur des campagnes… et un
nouveau tableau de la France pourrait se dessiner, dans lequel apparaîtrait
une curieuse mosaïque scolaire. Il faut que cette passion du regard
fasse défaut pour qu’un film sur l’école -Avoir et Etre- nous
bouleverse tant, bouleverse autant un pays qui ne voyait plus ou ne croyait
plus à cette école-là… Le film de Nicolas Philibert
est à sa manière le rapport d’inspection manquant, celui qui
donne du répit et non du dépit («répit / dépit»
voisinent étymologiquement avec «inspecteur» ; riche famille
de mots, dans laquelle je retrouve : soupçon, épices, espèce,
spéculation, prospectus, respect, spectacle, auspice, perspicace…)
par liseron @ 2003-10-04 13:31:02
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Vendredi, 03 octobre 2003
Limites...
« Par son nom, l’enseignant est parent de l’enseigne et de l’insigne,
qui sont des signes mis sur une chose pour que l’attention la remarque et
l’identifie. » (J. B. Mauduit, Le territoire de l’enseignant »…
Le temple, c’est l’espace délimité par l’augure dans le ciel
et sur la terre, l’enclos sacré où se font les observations
de signes, où s’exerce le regard attentif, la « contemplation
» autrement dit… J’ai eu l’occasion de vivre, comme juré d’assises,
dans l’espace tragique du prétoire : le décorum, les tenues
qui semblent d’un autre âge, le rituel de la cérémonie
judiciaire… pourraient faire penser à une théatralité
du procès… que je n’ai jamais ressentie. Bien au contraire, dans cet
espace très codifié, je n’ai jamais éprouvé
si intensément la liberté de la parole, son pouvoir qui ne
passe pas obligatoirement par l’éloquence, son humanité… L’école
n’est pas le tribunal, mais pour être ce lieu du regard attentif aux
signes, cet espace de contemplation…, ne doit-elle pas réfléchir
à certaines limites ? filtrer les embruns du large, ne pas être
totalement perméable à la société ? J’ai connu
un lycée cerné de hauts murs hérissés de tessons
de bouteilles ; un concierge qui traversait à bicyclette, la nuit,
les grands dortoirs endormis… Haïr les murs, mais peut-être pas
les haies, qui protége la Belle…
par liseron @ 2003-10-03 12:41:58
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Jeudi, 02 octobre 2003
A l'école de Clisthène...
« Pour ou contre le redoublement / Le LMD bouleverse les cursus /
Un an pour refonder l’école… » Ce sont les titres à la
Une du mensuel : « Le Monde de L’Education » (octobre 2003). Le
remue-ménage scolaire paraît permanent et de la maison d’école
déborde une écume qui alimente continûment la presse spécialisée.
Le nouveau débat qui s’instaure en France est nécessaire… à
la condition qu’on ne le renouvelle pas chaque année ; les réformes
de l’institution sont nécessaires… à la condition qu’elles
n’ébranlent pas l’édifice… chaque année. Par exemple,
des parcours diversifiés, l’on est passé –ces années
dernières- aux travaux croisés, des travaux croisés
aux itinéraires de découverte… chamboulant au passage des unités
fondamentales de notre école : une classe, une heure de cours, une
salle de classe… Les initiatives « interdisciplinaires », qui
viennent rompre la routine (une leçon de choses sur le terrain, la
visite de l’église romane du village, l’observation du cadastre à
la mairie…) n’ont jamais manqué à l’école ; certaines
classes (à l’école primaire surtout) n’hésitaient pas
à rompre avec la pédagogie traditionnelle dominante, mais ne
devenaient jamais la norme (pédagogie de Célestin Freinet,
par exemple). Confusion aujourd’hui de l’exception et de la règle…,
de l’exception qui peut devenir la norme du jour au lendemain (ainsi pour
les activités interdisciplinaires). La nouveauté, l’exception
attirent inévitablement, mais dans un premier temps seulement et
non plus à la façon de l’orange de Noël, qui émerveillait
l’enfant d’autrefois… Les temps démocratiques ne sont plus les siècles
d’aristocratie : « …il faut reconnaître, écrivait Tocqueville,
que les espérances et les désirs y sont (dans les démocraties)
plus souvent déçus, les âmes plus émues et plus
inquiètes, et les soucis plus cuisants. » Nous sommes bien
en pleine démocratie, et le débat national animé par
Claude Thélot le souligne à l’envi. L’école, institution
de la modernité démocratique, doit se mettre « … à
l’école d’elle-même » (c’est le titre d’un article de
Marcel Gauchet, écrit dans la revue « Le Débat »,
en 1985… et qui renvoyait déjà dos à dos les querelleurs
« républicains » (tenants de la tradition) et les «pédagogues»…
Le débat répercuté à l’échelle de l’arrondissement
(environ 400 dans toute la France) et dans tous les lieux d’éducation
devra dégager un nombre limité de priorités… Essayons
: moins de bruit, plus de silence ; une école plus régulière,
moins séculière ; plutôt romane que gothique ; une grande
surface, mais qui ressemble à un jardin ; des jardiniers candides
et Pangloss qui se tait… Hésiode plus que Homère ; des travaux
et des jours paisibles… Une innocence et une ignorance qui condamneront
la société à ne pas jouer Pénélope quand
l’écolier revient de l’école… « A pied à cheval
en voiture et en bateau à voiles. »
par liseron @ 2003-10-02 07:55:19
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Mercredi, 01 octobre 2003
Abriter la rencontre...
Hier soir, l’une de mes collègues fêtait son départ
à la retraite (il lui reste encore 4 heures de cours, selon les bons
comptes de l’Education Nationale) ; elle n’a pas voulu, après plus
d’un quart de siècle passé dans le même établissement,
de cérémonie officielle, non plus de discours… seulement un
petit cadeau, une photo de tout le personnel dans la salle de classe et puis
la soirée au collège, autour d’un buffet, avec les retrouvailles
de quelques «anciens»… et les profs patauds dans les cuisines,
avec le personnel de service… et les rires des jeunes enfants qu’on emmène
avec soi… Bref, une très belle détente scolaire, qui valait
bien une réunion pédagogique… et qui ne fera l’objet d’aucun
rapport, d’aucune évaluation… Tristes les collèges qui ont
perdu, dans leur emploi du temps, ces petits moments de rencontre…
par liseron @ 2003-10-01 06:18:22
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Mardi, 30 septembre 2003
Abriter la parole...
Un malaise peut-être injustifié, mais ce cahier du jour est
aussi fait pour essayer les mots et les idées ; aucune tribune péremptoire
dans ces lignes… Donc les visites d’entreprises commencent pour les élèves
de troisième qui doivent paufiner leur « projet d’orientation
» ; des liasses –souvent publicitaires- rempliront le casier du professeur
principal chargé de répercuter l’information sur toutes les
«portes ouvertes» d’établissements les plus divers et
autres manifestations professionnelles… (l’organisation pratique de tous
ces déplacements, le stage d’observation en entreprise, les dossiers
à ventiler… bref, toute la procédure concrète de l’orientation…
n’incombent pas au conseiller d’orientation-psychologue, mais, dans mon établissement,
à trois personnes principales : le professeur principal –qui doit
souvent faire des incursions en première ligne familiale-, la secrétaire
de l’Intendance et le Principal.) Les élèves volontaires de
troisième (et ils étaient nombreux) se sont donc rendus tout
récemment dans un foyer de personnes en situation de handicap mental
géré par l’association Adapei… Mon heure de cours ne s’est
pas déroulée normalement : première demi-heure avec
les « non-visiteurs », et puis la ribambelle restante est arrivée,
avec une très grande envie de parler… et on a donc parlé de
cette « promenade » chargée de gravité… De telles
rencontres in situ, à condition qu’elles n’empruntent pas les voies
éducatives d’une « orientation touristique » (et l’année
scolaire ne suffirait pas à cet « usage du monde »),
me semblent positives ; elles économisent beaucoup de discours, de
papier et l’étonnement, l’interrogation des élèves
peuvent advenir… Au lendemain de cette visite, le journal local titrait :
« La dignité pour tous / Pour que les « Journées
de la dignité » prennent tout leur sens… » Faire connaître
aux lecteurs d’une région les efforts et les difficultés d’une
association comme l’Adapei, c’est tout à fait louable, mais ces Journées
nationales traînant « le discours hypertrophié du don
de soi et de la charité glorieuse » (j’emprunte la formule à
Patrick Declerck, auteur de : «Les naufragés. Avec les clochards
de Paris») deviennent pénibles au sein d’une Education Nationale
qui n’a jamais autant bredouillé les mots de loi et de citoyenneté…
L’article du journal a été photocopié pour qu’il soit
« communiqué » aux élèves… Les élèves
ont parlé, leurs paroles ont été reprises en classe…
et puis sur la parole, telle la mouche du coche qui ne fait rien avancer,
la « communication ». Parole et « com » me paraissent
de moins en moins tout comme.
par liseron @ 2003-09-30 10:27:29
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Lundi, 29 septembre 2003
Le vieux monde...
L’arbre de la rénovation pédagogique contemporaine pourrait
bien cacher la forêt des expériences passées les plus
diverses. Les archives du début du XXe siècle nous rappellent
ainsi quelques beaux exemples de parcours diversifiés, d’itinéraires
de découverte... Ainsi dans mon « pays », le 16 septembre
1908, sous l’impulsion d’Adrien R., instituteur à Servance, et de
Abel R., agent des Eaux et Forêts, a été créée
la “Société Scolaire Pastorale-Forestière” ; même
création, l’année suivante, à St-Barthélemy.
Ces associations se donnaient pour but “d’attacher les sociétaires
(élèves, anciens élèves et amis de l’école)
à la petite patrie qu’est la commune, en les intéressant à
sa prospérité et en les encourageant à mettre leurs
efforts en commun pour l’accroître ; (...) d’organiser l’enseignement
mutuel des notions pratiques de sylviculture et d’amélioration pastorale
; (...) d’assurer la conservation des nids, la protection des oiseaux destructeurs
d’insectes nuisibles aux cultures.” A Servance, l’Association a ainsi réalisé
des travaux de délimitation, de plantation et d’entretien dans les
Bois du Mény d’Amont, de la Vanauge (où 5300 plants de résineux
sont repiqués en 1909 et 1910) et de Chauves Roches jusqu’en 1962
; des terrains d’une superficie d’une quinzaine d’hectares avaient été
acquis dès la veille de la Grande Guerre. En 1981, du fait de la législation
sur le travail des enfants, la dissolution de l’Association a été
prononcée et le bois du Mény d’Amont légué gratuitement
à la Commune de Servance. Rares sont aujourd’hui les personnes du
village qui associent une partie du bois communal à un héritage
scolaire… Loin de moi l’idée qu’il faut revenir en arrière,
mais la table rase sur laquelle renaîtrait une école toute nouvelle
fait sourire ; « … le monde est vieux, écrivait Hannah Arendt,
toujours plus vieux qu’eux (les enfants), le fait d’apprendre est inévitablement
tourné vers le passé, sans tenir compte de la proportion de
notre vie qui sera consacrée au présent. » (La crise
de la culture, 1954)
par liseron @ 2003-09-29 06:57:44
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Dimanche, 28 septembre 2003
Un bon mesureur public...
Samedi, midi, « salle des Profs »… Ma semaine se termine. Je
déverse sur la table quelques poignées de pièces, vérifie
la liste des élèves qui n’ont pas encore payer le livre (à
1 € 80) que j’ai commandé à la librairie de la ville voisine,
transporté, livré en classe… Livre à 5€50 pour une
autre classe… 65 livres au total… Une trentaine d’élèves ont
également déposé dans mon casier leur feuille d’inscription
à la séance « piscine », leur chèque ou
de la monnaie pour adhérer au « Foyer rural » dans le
cadre duquel se déroule l’activité de natation… mais cela
n’a rien à voir avec le collège, avec l’EPS, le village est
petit et tel professeur se retrouve bénévole pour animer un
club, en compagnie souvent de parents d’élèves… Acheter un
livre à la place d’une famille qui ne se rend pas souvent à
la ville, emmener les enfants à la piscine ou à la patinoire
situées assez loin du collège…, quantité de services
s’organisent ainsi depuis longtemps, qui enchevêtrent aussi activités,
institutions et domaines de responsabilité… Le droit mérite
bien sûr d’être signifié à toutes occasions :
pas question de bourrer 6 élèves dans sa deux-chevaux personnelle
pour un déplacement, la fréquentation d’un bassin nautique
requiert un encadrement dûment qualifié… Mais restons dans le
domaine de l’argent : n’y a-t-il pas brouillage de vue, défaut de
…mesure humaine… quand on nous fait remarquer
: « Tout cet argent sur la table, c’est en-dehors de la légalité
financière. » ? C’est vrai qu’on a pris l’habitude d’utiliser
la caisse du Foyer socio-éducatif pour avancer l’argent à la
librairie et le remboursement s’effectue jusqu’alors très correctement
; on ne s’est pas encore préoccupé « d’avance sur régie…
», on n’a pas pris encore l’habitude de tout convertir en processus
techniques… Plus possible, par autre exemple, de glisser le billet de 50
francs, soutiré de la «caisse noire», dans la main du
dernier sagard des Vosges saônoises qui nous faisait visiter chaque
année son établissement (un scieur qui travaillait avec l’énergie
de la rivière, dans un moulin-scierie) et refusait tout paiement
et toute paperasse comptable… Je me demande aussi comment la «coopérative»
des célèbres classes Freinet parvient aujourd’hui à
« blanchir » l’argent. Les profs, qui mesurent à échelle
d’homme, n’y parviennent plus, qui découvrent par ailleurs, dans
les journaux, une démesure qui s’évalue par milliards, dans
les affaires touchant par exemple l’argent détourné des lycées
et le financement des partis politiques (« les milliards du casse
du siècle », titrait le journal "Le Monde" du 26 janvier 2000)…
Tous ces exemples sont fastidieux à décrire, difficile à
analyser (un élément vestimentaire comme le foulard n’est
rien moins qu’anodin); j’ai choisi un petit élément financier,
mais le sandwich impossible en pique-nique scolaire (pour des raisons de
sécurité alimentaire) ou le kilomètre à pied
devenu périlleux (après le drame du Drac) en disent long sur
la difficulté à redéfinir une mesure qui ne soit pas
une normalisation, une mesure qui laisse place à la confiance... Je
découvre justement, dans les archives de mon village, un curieux métier,
qui s’exerçait sur la place du marché au début du XIXe
siècle, après l’imposition du système décimal
: « peseur et mesureur public ». Ce brave homme devait harmoniser
les différends entre acheteurs et vendeurs en établissant une
table de comparaison des prix de chaque denrée suivant les anciens
et nouveaux poids et mesures. « Il est recommandé au mesureur
public, précise le document des archives, de n’employer que des procédés
paisibles et doux, propres à instruire et non à mécontenter.
» Un principal de collège pourrait être ce bon "mesureur
public ".
par liseron @ 2003-09-28 07:06:31
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Vendredi, 26 septembre 2003
Un amour de petite école...
« Lettre ouverte à tous ceux qui aiment l’école »
(Luc Ferry, 2003) ; « Une école élitaire pour tous »
(Jack Lang, 2003)… 180 et 768 pages, signées respectivement par l’actuel
ministre de L’Education nationale et par son prédécesseur
; livraisons qui s’ajoutent au monceau de livres sur la pédagogie.
Je lis, dans l’encart publicitaire qui promeut le livre de J. Lang : «(…)
redonner une boussole à une école depuis un an en perdition.
On ne peut réformer l’école sans l’aimer.». Amour et
temps qui passe… M. Lang redonne espoir : un amour défait si promptement
doit pouvoir renaître de ses cendres… A moins que l’éducation
(ou l’instruction), comme l’amour, ne vive à un rythme distinct de
la trépidation quotidienne, de l’écume du jour… Comme Braudel
soupçonnait différents ordres de durée (l’histoire
immobile du milieu, l’histoire sociale et celle plus agitée de l’individu
et de l’événement), on devine pour l’éducation un temps
particulier, suffisamment étale pour ne pas inscrire nos travaux
et nos jours dans le seul agenda du présent (ou du futur). L’école
n’a pas changé en un jour, en une année… L’histoire de l’enseignement
reste pourtant peu présente dans la formation des maîtres ;
il est beaucoup question, dans les IUFM, de psychologie, de sociologie… L’école
souffre d’un trop-plein de présent , préjudiciable au souvenir
et au rêve.
par liseron @ 2003-09-26 14:40:52
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Jeudi, 25 septembre 2003
Révision : être et avoir...
Une classe unique sur le plateau d’Auvergne, du côté de Saint-Germain-L’Herm…,
un pays sévère, battu par les vents, tout plein de congères
l’hiver… Le film "Etre et avoir", de Nicolas Philibert, propose une anthologie
d’instants, de moments scolaires…, un poème d’images arrivé
à point dans la morne prose officielle de l’automne 2002. J’ai pensé
à la poésie de Philippe Jaccottet: «Vraiment une fumée
au pied des montagnes…/…pourtant (…) n’avons-nous pas, sans bouger, fait
un pas au-delà des dernières larmes ?» (Philippe Jaccottet,
"Après beaucoup d’années")
par liseron @ 2003-09-25 12:20:17
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Mercredi, 24 septembre 2003
La routine et l'artifice...
Sur Internet ou dans le journal « Le Monde », on peut lire
des extraits du livre qui ne paraîtra pas : « Libre propos
sur
l’école », que devaient signer le ministre X. Darcos
et le
pédagogue le plus productif de sa génération,
directeur
aujourd’hui de l’Institut de formation des maîtres
(IUFM) de Lyon,
Philippe Meirieu. Le ministre a été invité
à
renoncer à la publication d’un ouvrage qui risquait
d’interférer
avec le débat national sur l’école. Je viens de
lire, une
fois de plus, des pages de P. Meirieu, inspirateur des dernières
grandes réformes du système éducatif
français
(qu’il considère cependant très mal
appliquées, la
crise sévirait moins sinon)… La vingtaine de livres
écrits
par P. Meirieu -et consacrés à la pédagogie-
trônent
sur tous les rayons des IUFM, et l’auteur visite les classes,
conseille le
personnel politique à tous les échelons… Les
profs, qui lisent
–paraît-il- peu d’ouvrages pédagiques,
connaissent P. Meirieu
par ses interventions médiatiques et le rôle qu’il a
joué
dans l’aventure du ministère Allègre…
J’ai apprécié
la sincérité de l’homme dans le livre « La
machine-école
», qui retrace son parcours intellectuel dans un style
très
limpide et éloigné du jargon
techno-pédagogique… C’est
tout plein de générosité, de sentiments,
d’enthousiasmes et de colères… ; de psychologie, de
philosophie, d’histoire… P. Meirieu veut la
réussite de tous et pourfend allègrement les poltrons de
l’armée enseignante qui ne montent pas à
l’assaut de « l’échec scolaire » et ne
suivent pas les hussards bariolés de la pédagogie
à tout va… P. Meirieu me semble finalement tellement
sémillant que ses élèves (en a-t-il encore ?),
contrairement
à la préconisation de Rousseau (« Laissez
mûrir
les enfants dans l’enfance . »), doivent monter en graines
très
rapidement. Trop, c’est peut-être trop… ; me
promenant hier dans une
librairie, j’ai eu cette impression : P. Meirieu est à la
vie de l’école
ce que Jacques Salomé (que je ne connais également que
par
la myriade de titres à l’étal) doit être
à la
vie du couple. Surprise quand même : à côté
du
livre « Repères pour un monde sans repères »
(Meirieu,
2002), un nouveau titre… insolite : « Récits
d’enfance »
(Meirieu, sept. 2003)… et cet aveu, dès la
première page :
« Il faut prendre le temps (…) De tenir dans sa main un
fragment d’existence
miniature plus étrange et plus riche que
l’échafaudage de
toutes nos justifications sociales. » Effectivement, à
portée de main, de voix, de férule…, dans la
classe du maître, du
professeur, de l’enseignant…, toutes ces vies
minuscules… que trop de généralités
pédagogiques, politiques, sociales… ennuient
terriblement. L’éducation, c’est heureusement le
premier budget de l’Etat (français), mais aussi ce retour
quotidien à l’intime et au foisonnement des situations.
Un travail d’artisans et d’outils ; pas vraiment
d’ingénieurs et d’engins. La routine plutôt
que l’artifice…
par liseron @ 2003-09-24 12:45:43
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Lundi, 22 septembre 2003
Volant et poulie folle...
Qui parle de décentralisation ? Le Projet d’Etablissement, obligatoire
pour chaque établissement public, est un petit rouage qui fait participer
le collège au mouvement général de la grande machine-école,
qui « permet à chaque établissement d’approuver sa contribution
à la réalisation des objectifs nationaux de réussite
des élèves. » (C’est écrit dans le B. O., le
Bulletin Officiel). Le PDE de mon établissement « intègre
et vérifie, dans son contenu actuel, une partie des préconisations
faites par le groupe d’AUDIT ». Mon collège a effectivement
été « audité » ; (au fait, c’est aujourd’hui
la date de clôture pour « candidater » à des stages
de formation.) Bref, pas de mouvement, de vie scolaire possible sans le Projet
d’Etablissement. Quatre épreuves pourront départarger les projets,
désigner les meilleurs : « diagnostic, définition des
axes, élaboration et présentation d’un programme d’actions,
évaluation ». Tout cela se décline en heures de veille
(dans le bureau du chef d’établissement), en kilos de papier… pour
« augmenter globalement la réussite, assurer la réussite
des années-collège… ». Mais faute de lubrifiant, les
rouages et les axes se grippent… Ce grand volant qui devait régulariser
et harmoniser le travail à l’école -le Projet d’Etablissement-
m’apparaît sincèrement comme une belle poulie folle…
par liseron @ 2003-09-22 11:18:26
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Samedi, 20 septembre 2003
Management et ménagement...
Hormis les rencontres obligées (avec les parents, le Conseil
d’Administration…), les réunions suscitées
par l’Administration de mon collège sont plutôt
rares. Il y a bien sûr celle de la pré-rentrée (et
chaque enseignant attend l’emploi du temps, les listes
d’élèves…) ; une seconde réunion
vient d’avoir lieu et, comme les années
précédentes, … « Ils en ont parlé !
» La famille enseignante de mon collège n’est
pourtant pas très
nombreuse, mais la tension atteint son apogée, vers 18
heures… Cela
commence par un déguerpissement, hautain et rageur, ou plus
discret
de celle ou celui qui a charge de famille et encore du chemin à
faire.
Et puis l’échauffourée se déclenche.
J’étais
dans la mêlée (alors que je cultive habituellement
l’ «
érasmisme », à l’écart des querelles
et des clans).
Mais ce soir-là, c’est Luther tempêtant qui sortait
tout droit
du sage Erasme… parce qu’une passion d’école
n’est
pas encore tout à fait éteinte. Notation donc de cette
dispute
inaugurale et traditionnelle dans mon collège ; imaginons-la,
cette
notation, de circonstance… puisqu’une nouvelle commission
se met en place
en France, présidée par M. Thélot, pour
réfléchir
–encore et toujours- à la crise scolaire. De quoi ont-ils
parlé
? De l’affaire pédagogique bien sûr… 23
professeurs étaient
présents (sur un total de 30, en comptant les demi-postes, les
collègues
travaillant dans un autre établissement), sérieux,
consciencieux,
qui venaient d’accomplir déjà leur journée
de cours,
qui… bref, le «Projet d’Etablissement »
appelait un surcroît
d’énergie et de réflexion (ce dernier mot signifie
bien : changement
de direction) : « Tutorat des élèves volontaires
par
d’autres plus âgés ; élaboration d’un
dispositif visant
à accroître l’intérêt des
élèves
à leurs propres résultats. » Cet ordre du jour
s’est
prolongé, dans l’absence d’une véritable
conversation, par le commentaire d’un questionnaire de
motivation (que les élèves
compléteraient), par l’éloge d’outils aussi
variés que
la carte à jouer (qui distribuerait la parole en classe et
tirerait
l’élève de la léthargie ou du brouhaha), ou
la banque
à questions pour que l’élève devienne
« actif
et acteur » (c’est le titre du livre dans lequel lit mon
Principal
(le directeur de collège, qui s’appelle Proviseur en
lycée)…
Projet d’Etablissement, en avant, toutes ! On s’est ainsi
mis martel en tête,
dans une confusion d’axes et de points… La Reconquista est
à recommencer.
Sans ça, l’année ne serait pas
«donquichottesque »
et le collège d'aujourd'hui ne verrait pas les moulins de la
vieille école. Première
idée qui ressort d’une telle soirée : le management
ne vaut
pas le ménagement… M. Thélot, préconisez
une éducation
ménagère ; le mot me rappelle le beau titre d’
Olivier de Serres
: « Théâtre de l’agriculture et mesnage des
champs »…
Que l’on cesse de nous tirer sur la scène : mon
école est aux
champs ombreux, pas sous les feux. Ne pas brûler les planches,
rester
dans les coulisses… encore heureux dans les classes, mais
malheureux en salle
de réunion… (que l’on va heureusement
déserter pour une saison).
Je me plais aux champs…
par liseron @ 2003-09-20 10:53:46
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Jeudi, 18 septembre 2003
Un autre chemin...
Un saute-ruisseau, commis d’une étude (de notaire par exemple, voyez
le début du Colonel Chabert) est un petit facteur, qui d’un bout
de la ville à l’autre cherche des adresses, des directions… Après
quelque 25 plis provenant du monde des choses, l’ami des arts (…et métiers)
change de rive. Et puisqu’il est, par métier, « professeur
», prenons pour quelque temps, le chemin de l’école… Mon école
est à moins d’un kilomètre de chez moi et j’emprunte son chemin
à bicyclette… Elle est située juste après, presqu’en
face d’une usine (qui fabriquent des pièces en métal pour
l’automobile). Ouvriers, écoliers se croisent plusieurs fois par
jour… et les cyclistes redoutant la circulation motorisée roulent
souvent sur les larges trottoirs… Pas de pistes cyclables, j’ai risqué
plusieurs fois déjà l’accident. Il y a les mamans (et quelques
papas) des élèves de l’école primaire (ce n'est pas
mon école) que je salue aussi presque chaque matin (les piétons
seulement), l’embouteillage régulier des voitures aux heures d’ouverture
et de sortie de l’école, le jardinier qui aimerait que je m’arrête
plus longuement pour parler… Depuis une dizaine d’années, le bruit
et l’odeur de l’usine ont presque disparu : le martèlement des presses,
les effluves d’huile refroidie… L’usine s’est aérée, éclairée…
et j’aperçois l’ouvrier souvent solitaire, penché sur sa machine
à commandes numériques. Cet ouvrier est jeune, souvent étranger
au village, souvent diplômé (bac + 2)… , l’ouvrier n’est presque
plus le fils du paysan pluri-actif des Vosges saônoises. Mon école,
c’est le collège ; c’est après l’école (en France)
et avant le lycée (qui se trouve à la ville voisine, distante
de 10 km). Mon collège recrute essentiellement les élèves
de mon canton (une douzaine de communes rurales, environ 6000 habitants).
361 élèves, répartis en 15 classes, fréquentent
le collège des «Mille Etangs».