Carnet d'école


Lundi, 17 novembre 2003

Les druides de la synthèse...

Site à consulter (ou visiter), celui consacré au «Ecoles différentes», comme ce collège expérimental que conduisait Marie-Danielle Pierrelée (auteur de : "Pourquoi vos enfants s’ennuient en classe"), un établissement d’une centaine d’élèves, que M.D. Pierrelée vient de quitter, après une courte expérience pédagogique… Le témoignage des enseignants ne trompe pas, dont voici un extrait : «Mais la vrai perte n’est pas tant pour le collège Anne-Frank que pour tous ceux qui attendent de l’école plus de justice, plus d’efficacité, plus de reconnaissance, plus de plaisir… Nous savons que Marie-Danielle n’a, jamais de sa vie, donné de leçon sur ce qu’elle ne mettait pas en œuvre elle-même. Sa rigueur et sa modestie, son exécration des projecteurs, les indifférences et les hostilités qui lui ont rendu la tâche insupportable, tout cela réuni parviendrait à faire qu’elle se taise ? Il faudrait bien que cette parole-là, indépendante des groupes de pression et des ensembles idéologiques, seulement bridée, au-dessus, par ce qu’on appelle le devoir de réserve et, sur le terrain, par les prudences obligées quand on fait les choses pour de bon… il faudrait bien que cette parole-là continue de résonner.» J’ai connu, en milieu rural surtout, quelques «classes différentes», les «classes Freinet» tout particulièrement… Les réussites étaient indéniables, propulsées par l’énergie indéfectible et l’enthousiasme quasi permanent de praticiens hors pair. Beaucoup d’idées appartenant à Célestin Freinet (comme à beaucoup d’autres pédagogues sceptiques sur les méthodes à la hussarde des instituteurs de la République) n’inspirent-elles pas à présent les programmes officiels ? L’esprit de «rénovation» insufflé dans la «tradition» pédagogique n’a-t-il pas fomenté en partie la querelle entre Républicains et Pédagogues ? Osons cet aphorisme : il faut un établissement expérimental pour appliquer à présent le programme à la lettre… Mais l’école différente généralisée n’est plus l’école différente et risque d’être moins parfaite ; la perfection du fragment ne peut sans doute devenir celle de l’ensemble. Le chêne accueille le gui : une forme d’hospitalité qu’on appelle aussi parasitisme ; laissons vivre le chêne, laissons vivre le gui... Pourquoi toujours appeler les druides de la synthèse?…
par liseron @ 2003-11-17 12:28:19
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Mardi, 11 novembre 2003

Armistice...

Le chemin de l’individu et celui de la collectivité deviennent parallèles… Dans la salle des profs de mon petit établissement, l’information concernant le Grand Débat (et je ne voudrais pas penser au Grand Combat de Michaux : «Il l’emparouille et l’endosque contre terre (…)On cherche aussi nous autres le Grand Secret. ») vient d’être affichée ; invitation à la parole… pour que les chemins de l’individu et de la collectivité redeviennent sécants ?… Le chemin des écoliers empruntait ce matin celui du monument aux Morts… Les C.M.2 de la nouvelle institutrice, qui quitte l’Alsace pour le pays comtois, ont répondu présents. « Si j’avais su que la sono grinçante allait diffuser la Marseillaise, je l’aurais fait chanter par mes élèves… », nous dit Mme S. Les familles étaient plus nombreuses aussi et ma fille lycéenne, qui se rappelle le pot offert par la mairie, m’a entraîné dans le défilé… Les Anciens Combattants mêlés aux enfants, des sourires chaleureux dans le frisquet d’une matinée brumeuse : une impression curieuse de vieille école… qui n’empêche pas, bien au contraire, un dialogue avec les élèves sur la guerre ; une réflexion éventuelle sur le renouvellement des formes de ce rituel et, peut-être plus sûrement, une parole renouée entre les Anciens et les élèves... La grande difficulté de l'école, c’est d’unir et de libérer tout à la fois ; d’enraciner et d’arracher ; de cultiver et d'épanouir... l’ombre et la lumière, Rousseau (« Laissez mûrir l’enfance dans les enfants…») et les Lumières, Condorcet… A Vesoul, la transformation de l’Ecole Normale en IUFM a coïncidé avec la disparition de l’hommage aux Poilus … mais la cérémonie vient d’être ranimée, hier, avec un jour d’avance…
par liseron @ 2003-11-11 16:01:26
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Jeudi, 06 novembre 2003

Le brave soldat IDD...

Un après-midi de vacances de Toussaint… Avec ma fille lycéenne et l’un de ses camarades de classe, nous visitons une micro-centrale hydro-électrique. Le turbinier, retraité de la paysannerie, est intarissable sur son cours d’eau. Le site se prête effectivement à la passion ; pas étonnant qu’il ait abrité quelque temps la première disciple féminine de Charles Fourier, Clarisse Vigoureux, belle-mère de Victor Considérant. Et encore, à quelques kilomètres en amont, dans les mêmes années 1820, un jeune ingénieur stéphanois, Benoît Fourneyron, expérimentait la première turbine hydraulique… Nous sommes dans le cadre rêvé d’un « lys de vallée » comtoise : Clarisse a 31 ans en 1820, Benoît 18 ans… Je passe encore sur la forge de l’endroit, dont subsiste une bonne partie du haut-fourneau qui a commencé de fumer au XVIe siècle… Les propriétaires d’aujourd’hui ont ajouté à tout ce patrimoine une pointe de technologie avancée : une turbine Kaplan (et non plus Fourneyron). Un après-midi particulièrement riche en découvertes et une joie d’apprendre à laquelle se prêtaient bien sûr la gentillesse de l’artisan de l’eau, la somptuosité du paysage d’automne, et puis les rencontres fortuites, comme celle de l’âne dans l’île, avec sa crinière tout emmêlée de bardane (et nous expliquons à nos lycéens le «velours-crochet», le Velcro, et puis encore la «bionique»…) ; un télescopage de temps et d’aventures très variés : nos élèves usant et abusant de la fée Electricité n’avaient jamais pensé à «tout ça» ; à quand la prochaine visite ?... Il faudra lire en attendant toute la documentation prêtée par le turbinier, reproduire certains croquis, approfondir certaines recherches… Quelle a été l’origine de cet après-midi d’école buissonnière ? Une discussion avec ma fille, élève de Première, qui ne savait «quoi prendre, quoi choisir, quoi faire…avec qui… comment…» en TPE (travail personnel encadré)… Nous avons ainsi transformé ce début de crise… pour en retrouver une autre, du côté de parents d’élèves : «Voilà bien l’inégalité… et les parents qui ne peuvent guider leurs enfants ? …Pourquoi l’école ne permet pas de faire ce que vous avez fait à titre privé ? … Et si un accident était survenu… quelles responsabilités… etc.» Une antienne très ancienne. Dans un domaine un peu différent, mais sous prétexte d’égalisation des situations scolaires dans les familles, on interdit, dans les écoles primaires de mon canton, les devoirs écrits à la maison; cette disposition remonte à quelque dix années, qui ne faisait qu’appliquer enfin un décret remontant bien aux années 1950 (vérification : il s’agit de la circulaire du 23 novembre 1956… qui me fait revoir curieusement toute une jeunesse studieuse, mais clandestine ?… dans une famille ouvrière de 6 enfants… encore une exception ?), mais revenons aux TPE, qui continuent en fait la pratique collégienne des IDD (itinéraires de découverte), lesquels entérinent la formule (que j’appelle «pain blanc», car on pouvait travailler avec des effectifs réduits) des TC (travaux croisés) de 4e et des PADI de 5e (admirons l’acronyme / parcours diversifiés)… Je crois bien sûr à l’importance du vocabulaire, des désignations… ; en l’espace de quelques années à peine, cette valse d’étiquettes fait sourire, l’éducation ne saurait être à mille temps … Qu’importe : «mise au plancher» des horaires de français, de mathématique… et l’itinéraire de découverte est devenu cette année, dans mon collège, le parcours obligé de l’élève du « cycle central » (5e et 4e)… Les heures sont acceptées (sinon, et par exemple, telle collègue devrait compléter son emploi du temps en allant enseigner dans un autre collège voisin) ; les heures IDD sont d’abord pratiques (et ce n’est pas une critique) pour harmoniser, ajuster un emploi du temps dont l’organisation s’apparente de plus en plus à la résolution de la quadrature du cercle (à cause de paramètres de plus en plus nombreux et vétilleux ; l’enseignement monovalent oblige ainsi grosso modo chaque professeur à enseigner 18 heures la même discipline, et tout cela est difficilement malléable –ou alors mis à mal- dans le cadre de petits établissements ) ; les élèves ont théoriquement la liberté de choisir leur «itinéraire» : en pratique, il faut redistribuer complètement les effectifs, rééquilibrer les « atelier s» qui ont «embauché» trop ou trop peu d’élèves (à cause du prof, à cause du thème…)… Un coup d’œil sur quelques autres conséquences encore : les horaires de disciplines «mis au plancher» permettent à une jeune collègue, qui occupe son premier poste, d’enseigner le français à cinq classes (4 heures x 5… et sur deux établissements !)… Mon texte s’allonge, car je dois faire partie de «ces écorchés» que le billet de Catherine Henri (dans «Le Monde de L’Education» de novembre) évoque avec beaucoup d’émotion («…comme Barthes disait que les amoureux le sont.»). Mon collège s’était fait une spécialité, depuis une vingtaine d’années, de certaines activités interdisciplinaires… Je me souviens même du point de départ, au tout début des années 1980, qui composait avec le sigle «Pacte» (projet d’activités éducatives) ; ce furent ensuite les PAE que nous conjuguions avec les «classes découverte»… et il y a, au profit de la connaissance, un gisement de découvertes, de surprises, d’étonnements… immense, tout simplement au seuil de sa porte. Aujourd’hui, je n’ai jamais entendu autant de rancoeurs et de récriminations autour de ces activités interdisciplinaires ; car l’on bourre dans le même moule des logiques contradictoires… quant à l’utilisation, par exemple, de l’espace scolaire (la salle de classe est l’unité de lieu d’un cours; l’IDD, le TPE peuvent prendre du large, ont le désir de larguer certaines amarres); quant à l’utilisation bien sûr du temps (l’heure est l’unité de temps du cours; l’IDD, le TPE peuvent réclamer d’autres rythmes). Le temps de l’éducation ne peut être celui de l’économie, celui de la politique, celui du loisir…; l’historien F. Braudel avait insisté sur différentes durées constitutives du temps de l’histoire, le temps de l'éducation est aussi fait de temporalités, de rythmes variables. Dans le domaine des IDD, une politique trop ambitieuse, trop excessive finit par détruire ce qu’elle croit servir ; et la politique scolaire est devenue ces dernières années beaucoup trop assourdissante, beaucoup trop péremptoire (la séquence en français, le décloisonnement, les arts à l’école…) : et je vois toute cette glose entrer par une oreille, sortir par l’autre; glose collective, oreilles individuelles. «Il faut sauver le soldat IDD», dit pourtant J. M. Zakhartchouk, dans le dernier numéro du «Monde de l’Education». Faisons surtout attention de ne pas oublier les qualités du «brave soldat Chveik», celles encore de Sancho Panza… «Hommes, soyez humains, c’est votre premier devoir…» s’écrie Rousseau dans les premières pages du livre second de l’Emile…
par liseron @ 2003-11-06 07:32:30
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Jeudi, 30 octobre 2003

Question d'architecture...

Encore dans la librairie d’hier… une lycéenne m’aborde, qui recherche –et ne trouve pas- le rayon de la littérature. C’est que la librairie est vaste, parfaitement achalandée ; mais il est vrai aussi que la pédagogie comme tous les textes du genre « mode d’emploi » colonisent les rayons… Je rapporte encore un livre sur l’école, qui n’est pas de pédagogie, mais véhicule néanmoins une «petite philosophie» : « Eloge de la transmission : le maître et l’élève », et c’est une jeune professeur de lettres qui le signe en compagnie de Georges Steiner. L’expérience de Cécile Ladjali (publication d’un recueil de poèmes, puis réalisation d’une pièce de théâtre…) me paraît tout à fait authentique, le dialogue avec G. Steiner totalement sincère (j’avais d’ailleurs écouté déjà les voix sur « France-Culture », dans la remarquable émission qui n’est plus : « Cas d’école », animée par Nicolas Demorand). Ce que je ressens profondément, en lisant ce livre, c’est la position toujours difficile de l’enseignant entre tradition et modernité ; être tout à la fois répétiteur et défricheur, sur les frontières séparant le connu et l’inconnu ; territoire de lisières, travail à l’orée… il y a dans l’enseignement toujours cette recherche de dépaysement, cet agrandissement du pays de soi-même –et donc cette humilité (humus) toute paysanne dans le travail d’école. L’école publique française calque institutionnellement l’histoire administrative du pays ; il s’est agi de faire l’unité à partir du multiple, de confectionner un habit d’Arlequin sans couture… Le travail de Cécile Ladjali avec ses élèves de Drancy ne propose aucune recette, aucune prescription pour réussir à l’école ; il signale seulement la diversité de nos expériences scolaires et au cœur de ces expériences les plus prometteuses se mélangent en parts très diverses des grains de folie, de l’enthousiasme, de la liberté, de la surprise… toutes sortes de denrées difficilement mesurables à l’avance. A partir de la diversité des parties, il revient aux architectes (de l’Etat) de réaliser l’unité d’ensemble. L’architecture des maisons paysannes est un bon repère : regardez un village français, aucune ferme ne se ressemble, n’observe le même plan… mais l’ensemble respire l’unité. Notre débat sur l’école ne peut aboutir à une architecture répétitive, uniformisante… celle totalitaire et grise des «grands ensembles». Le collège doit bien sûr rester unique, mais aussi parfaitement divers…
par liseron @ 2003-10-30 05:53:02
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Mercredi, 29 octobre 2003

Rouge et noir...

Visite du site Internet consacré au "débat national sur l’école" : une documentation imposante, qui émane du ministère et d’experts de tous ordres… Je suis pour quelques jours à la ville et visite les librairies : une somme colossale de livres consacrés à la pédagogie et à la préparation des concours de professeurs… Un trop-plein de réflexions, d’idées, de propositions qui finit par lasser, par rendre nauséeux… Passant devant la cathédrale, je me suis demandé si elle avait nécessité beaucoup d’échafaudages ; à trop échafauder, ne perd-on pas de vue l’édifice ? Bref, à trop fréquenter les penseurs ou parleurs de l’école, l’envie survient de leur tourner le dos ; mais il ne reste plus alors à l’humble enseignant (à temps plein) qu’à se frotter à la réalité... Les corbeaux haut perchés savent protéger dans le confort les fromages éthérés de la pédagogie... qui ne tomberont pas à point dans nos cartables. Notre consolation : trouver trop verts les raisins d’une pédagogie hors d’atteinte… La pédagogie dans les classes est toujours de couleur plus vive; couleurs de passion et de travail...
par liseron @ 2003-10-29 16:39:14
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Mercredi, 22 octobre 2003

Candide contre Pangloss...

« …la part une fois faite des phénomènes de conditionnement social ou collectif, la vue la plus raisonnable pourrait rester celle de Platon, d’après qui le bénéfice de l’éducation intellectuelle se mesurera à la qualité du "naturel"… /…un certain abus de l’autorité pédagogique, avec lequel des contenus idéologiques pouvaient être présentés comme scientifiques, est aujourd’hui non seulement dans le fait mais en idée, plus insupportable qu ‘il ne l’a jamais été… » Il me prend ainsi l’envie de citer des phrases qui résonnent en moi avec l’évidence d’une longue expérience d’enseignement. Il y a bien sûr pléthore de livres sur l’école (et ce n’est pas forcément un signe de bonne santé), des livres polémiques, anecdotiques, didactiques… : on dénonce l’école, on raconte la vie à l’école, on dit comment faire l’école… Et pour clarifier encore le débat, sur les présentoirs des librairies, l’an passé, côte à côte : «Sale prof !», «La haine des élèves», «L’enseignement mis à mort»… on n’est plus décidément au temps de l’humour, avec par exemple «Le poisson rouge dans le perrier»... Je termine un livre sur l’école différent, différent malgré son titre encore batailleur : «Une école contre l’autre»… Son auteur, Denis Kambouchner, a délaissé quelque temps ses études cartésiennes (il est spécialiste de Descartes) pour réfléchir, discuter, argumenter posément (et c’est vrai, j’ai souvent posé le livre, pour le reprendre, le délaisser à nouveau… tant le cheminement est difficultueux…) Il y a, me semble-t-il, au bout de ce difficile parcours de lecture, des paroles qui sonnent juste ; pour retrouver ces accords, je reprends le livre, le relis par petits morceaux, dans le désordre. Par exemple, il y a cette phrase que je ne retrouve pas pour l’instant, mais qui dit que l’école, c’est un peu plus qu’un établissement scolaire ; et je comprends bien qu’un chef d’établissement ne saurait être un chef d’école… Il y a des vues fortes et simples sur la culture classique, qui a traversé l’Antiquité, le Moyen-Age, la Renaissance… : «Cette éducation n’a donc pas seulement été assujettissement à certaines formes imposées : elle a été éducation à l’invention paradoxale et à la parole brève, à la décision prompte et à la réplique acérée.» Cette éducation a bien sûr formé des maîtres, mais aussi des hommes et des femmes d’action ; les connaissances littéraires et scientifiques donnent les bons politiques (et le chef d’établissement scolaire doit être un bon politique)… De ce point de vue, l’Education Nationale doit se pencher sur certains verbiage et parasitisme ; trouver l’intelligence pragmatique, un nouveau chemin de simplicité… Le livre de Denis Kambouchner nous oriente vers cette possible reconstruction pacifiée…
par liseron @ 2003-10-22 06:39:30
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Lundi, 20 octobre 2003

Conception et construction : le fond et la forme de l'école...

L’école primaire, jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle, se faisait au village dans des maisons de particuliers, d’où l’appellation «maison d’école» ; puis les communes ont fait construire un bâtiment spécifique qui, par économie, abrite également, dans beaucoup de bourgades, la mairie : mairie-école sous le même fronton, c’est le symbole fort de la Troisième République… La petite école d’un hameau isolé de ma commune était forcément une école mixte ; deux instituteurs se partageaient l’unique salle de 60 mètres carrés (presque 80 élèves en 1898 !), mais un inventaire de mobilier, en 1861, signale «un grillage en bois pour la séparation des deux sexes». Dans l’école du bourg (construite en 1864), une parfaite symétrie de façade met en évidence les deux entrées : école des filles, école des garçons; deux salles de classe par aile de bâtiment (ce n’est pas encore une classe par âge), une quarantaine de baies au total (de l’air et de la lumière)… Isoler, surveiller, cloisonner…, l’école est bien sûr contemporaine de l’hôpital, de la prison... et l’on se souvient du grand livre de Michel Foucault, "Surveiller et punir"… Cette histoire de l’architecture montre en tout cas la liaison forte entre le travail scolaire, les idées pédagogiques qui le sous-tendent et son cadre matériel ; à petite échelle, la naissance des CDI et l’aménagement de ce nouvel espace l’ont bien montré… Mon département envisage la rénovation, sinon la reconstruction, de la plupart des collèges qu’il gère. Mon collège va être totalement reconstruit, qui appartient à cette architecture malheureuse et pressée des années 1960 (il fallait construire un collège par jour en France à cette époque)… Les travaux pourraient débuter l’année prochaine ; les enseignants usagers (et pas tous) n’ont remarqué jusqu’alors que le passage éclair d’un «programmiste»… Bref, l’affaire a toutes les chances de rester celle de l’Administration (collectivité territoriale en tête) ; le collège se construira et les profs « râleront » ensuite (attitude de l’usager mis devant le fait accompli)… Entre une démocratie directe, qui paralyse toute entreprise concrète, et le «parachutage» d’un projet coûteux, qui va conditionner l’activité éducative pendant de longues années, ne peut-on (ne pouvait-on) imaginer une démarche permettant de penser ensemble (élèves, enseignants, parents…) l’éducation ? Car une construction scolaire correspond très certainement à une conception de l’école. Nous avons (avions) sous la main l’espèce idéale de travail pratique ou devoir surveillé, dirigé… pour penser l'école du futur... notre future école...
par liseron @ 2003-10-20 13:30:38
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Dimanche, 19 octobre 2003

Abeille, mouche et bourdon...

Pour dire qu’on aime le CDI, le Centre de Documentation et d’Information de son collège, on envoie des cartes postales à sa «doc» et on écrit ainsi son journal de vacances : «Chaleur Devenue Insupportable… Camping Décidément Immense . Croupissent Des Insectes. Campeurs Des Immensités Citadines Dénichent Illico Ces Districts Illimités, Crachotant Décibels Infects. Cette Dame Irrésistible Cependant Déclarait Invivable Ce Domaine Irréprochable, Centralisateur des Inhibitions Communistes. Des Invectives Certainement Douteuses…» Comme son sigle, qui offre une grande souplesse de déclinaisons, le CDI nous a permis de découvrir la géographie variable : quitter l’estrade, le rectangle du tableau noir, le rectangle de la classe, les deux allées droites et les trois rangées…, quitter une heure la géométrie d’une classe pour un territoire plus flou, fait d’ombres et de lumières, de coins et recoins… Et puis l’heure au CDI échappe au carcan de l’emploi du temps, permet une collaboration… Dans mon collège, la documentaliste est comme la reine au centre de la ruche : des classes arrivent les ouvriers et les ouvrières, lourds de rudiments scolaires… Pas question de déposer la matière (on n’est pas des fourmis), il faut la transformer… en exposés, en expositions, en affiches, en petits spectales… (on est des abeilles). Le CDI ne remet pas en cause les classes ; les deux se complètent…, un peu comme la ferme va avec les champs. On se demande comment on a pu vivre si longtemps sans CDI… Mais le remembrement que certains pédagogues nous proposent s’apparente parfois à de la culture «hors-sol» : il faudrait que chaque classe devienne espace flou, que disparaisse le «front» de l’enseignement, «la pédagogie frontale»… ; supprimer le savoir trop barbelé de l’enseignant campé dans une classe sépulcrale… pour la douceur, pour la lumière, pour la fébrilité de la ruche… Notre CDI remonte au début des années 1990 : un poste de documentaliste a été créé, une cloison entre deux classes a été abattue, un nouvel espace s’est ajouté tout simplement à celui des classes et du bureau de l’administration. C’est cet aménagement concret et l’enthousiasme d’une personne déchargée de cours qui ont entraîné des pratiques nouvelles, des activités, des réflexions, des curiosités passionnantes… Pour faire son miel, il faut des abeilles autour et dedans la ruche; mais dans le coche «Education Nationale», trop de mouches tourbillonnent, qui nous donnent le bourdon…
par liseron @ 2003-10-19 07:28:07
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Jeudi, 16 octobre 2003

L'urbanité verte...

L’essai magistral de Henri Mendras, «La fin des paysans», remonte à 1967… mais nos conversations de 2003 continuent d’opposer assez curieusement villes et campagnes d’autrefois, avec parfois cette inversion : la ville confondue avec sa banlieue devient zone de barbarie –espace naguère réservé à la culture-, alors que la campagne hérite de toutes les vertus de la civilisation… La Révolution française a d’ailleurs imaginé tous les cadres de la future administration du pays au sein d’une civilisation rurale triomphante. La Troisième République, qui parachève l’organisation de l’enseignement (surtout primaire), s’appuie sur la France paysanne ; la «communale» de Jules Ferry est une classe primaire des champs… Bref, si l’on continue à parler dans le sillage d’une réalité passée –et mes chroniques ont pu laisser deviner un petit bonheur des campagnes-, certains événements locaux contemporains deviennent troublants. Deux exemples tout récents… La hiérarchie de l’école provoque une réunion dans l’ouest du département (considéré comme agricole) afin de se doter d’outils de mesure (la culture de l’évaluation commence aussi de battre son plein à l’école)… et «un suivi de cohorte» est programmé (ce vocabulaire de centurion, tout droit sorti des aventures d’Astérix, ne devrait pas faire rire). Stupeur : de la «cohorte» repérée et rassemblée à l’âge de raison (cours préparatoire en France), il ne reste plus que 30% des effectifs en sixième ; une triple décimation… «-Comment mesurer les effets du nouveau dispositif pédagogique tant vanté dans… si vous n'arrêtez pas de bouger... -Mais Madame (ou Monsieur), on bouge aussi dans les campagnes, on divorce, on déménage, on voyage… On n'est pas des arbres…» Deuxième exemple : il est nettement moins amusant et alimente la conversation, cette semaine, de tout le canton. Relevons simplement ce titre, dans le journal local daté de samedi dernier : «Drogues dures entre copains / Quinze jeunes gens du secteur (…) ont été arrêtés par les gendarmes principalement pour usage et commerce de cocaïne et d’héroïne. Dix ont été écroués (…) Trois réseaux démantelés en un an…» Les campagnes, c’est aussi ce fléau réputé urbain ; l’urbanité a donc pénétré largement, depuis quelques décennies, l’«Ile verte» (c’est l’appellation touristique de notre département). Le nombre croissant de gîtes ruraux, de résidences secondaires (qui deviennent aujourd’hui des résidences principales), la circulation des voitures et des promeneurs en fin de semaine…, toutes ces nouveautés auraient dû nous mettre la puce à l’oreille. Que sont finalement les banlieues, sinon ce no man’s land entre deux territoires qui fraternisent depuis belle lurette : la ville et la campagne… Supprimons les banlieues, il n’y aura plus que de l’urbanité ! …
par liseron @ 2003-10-16 13:16:52
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Mercredi, 15 octobre 2003

Travail de sapeur...

Je ne lis pas très souvent la presse régionale… à tort ! Je salue en effet, dans l’Est Républicain d’aujourd’hui, la chronique intitulée « Par la barbe du Sapeur / Chapiteaux et têtes couronnées» (le titre de la chronique rappelle que notre chef-lieu d’arrondissement est la cité natale de l’un des pères de la bande dessinée, Georges Colomb / 1856-1945, le créateur de La Famille Fenouillard, du Sapeur Camembert…). La plume rebelle à plaisir du journaliste rappelle l’inauguration, il y a 15 jours, de la foire-exposition du chef-lieu : toutes les notabilités de l’endroit étaient présentes, jusqu’à la députée (les enjeux électoraux de 2004 seraient-ils importants ?). Cette semaine s’est élevé, sur la place de la ville, un nouveau chapiteau, dédié cette fois aux « Fêtes de la science »… Jeunesse des écoles, associations culturelles… participent activement, depuis plusieurs années, à « l’automne culturel ». Mais pour le coup d’envoi de cette belle période, aucune tête couronnée ! … Dans les vitrines des magasins, je vois déjà poindre les citrouilles d’Halloween ; un défilé d’enfants (et de parents), précédé de quelques flonflons, a inondé l’an passé la grande rue de la Sous-Préfecture. Gageons cette année que le Conseil Municipal et la députée seront en tête de cortège… Dans « Les Copains », le célèbre roman de Jules Romains, le député et conseiller général d’Issoire, M. Cramouillat, avait au moins risqué une mitraille de pommes cuites lors de l’inauguration de la statue équestre de Vercingétorix. Aucun danger aujourd’hui de débandade avec la culture en lampions : les citrouilles ont remplacé le bronze des monuments ; leurs yeux de braise vous éclairent et vous infusent… la science. On préfère finalement les allées de la foire… aux aléas de la culture vivante, culture des professionnels du spectacle, par exemple, culture des écoles , culture… si la politique sort le pistolet en entendant ton nom…
par liseron @ 2003-10-15 17:48:31
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Samedi, 11 octobre 2003

Mammouth et Motus...

Notre élève-cascadeur d'hier enseigne au moins une chose : la gravité n'exclut pas la légèreté... Notre école française appelle trop souvent l' image malheureuse du mammouth : sa défense nécessite un peu moins de lourdeur, un peu plus d'énergie renouvelable, d'élasticité...

Dernièrement,  j'ai défendu "Etre et avoir"... Mon journal d'hier relatait encore cette tristesse : l'instituteur de la classe où fut tourné le film intente un procès au réalisateur, car il est l'oeuvre originale, l'oeuvre que le cinéaste a copiée... La parole parfois manque et c'est le corps qui parle ; la parole parfois déborde et c'est le blanc qui se sauve... La noirceur est là et... des coups de pied au corps se perdent. 
par liseron @ 2003-10-11 04:19:10
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Vendredi, 10 octobre 2003

Chut ! ...

Un instituteur (ou professeur des écoles) vient de comparaître devant un tribunal correctionnel pour homicide involontaire : l’une de ses élèves est tombée par une fenêtre ouverte de la classe… Comme en écho, cet après-midi et dans mon collège (de «campagne paisible»), un élève de troisième quittait la salle de classe par une fenêtre du premier étage. Une enseignante, qui exerçait au rez-de-chaussée, a vu avec ses élèves le corps s’affaler devant la fenêtre (quelque 5 ou 6 mètres plus bas), se relever tranquillement et se diriger vers la salle de permanence. Le cascadeur venait d’être exclu de cours et refusait de se laisser conduire par un autre élève… C’est la première fois que je vois cela, disait l’enseignante du rez-de-chaussée, qui exerce dans l’établissement depuis 28 années... Après Newton (gravitation des corps), leçon sur la gravité des esprits...
par liseron @ 2003-10-10 16:19:03
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Mardi, 07 octobre 2003

Cro-Magnon, scrogneugneu ! ...

On se souvient de la leçon sur la Préhistoire, l’homme a quitté progressivement l’animalité par l’outil (et ce sont les premières images de «2001 : l’odyssée de l’espace»)… mais quand s’est-il mis à parler ? Problème pour les préhistoriens : la parole n’a pas laissé de traces matérielles, la Préhistoire a donc privilégié le dialogue avec le monde matériel. Il faut attendre l’art pariétal pour apercevoir quelques lueurs sur l’histoire mentale de nos ancêtres. L’œuvre du grand préhistorien Leroi-Gourhan appréhende notre aventure sous les contraintes de l’environnement matériel, la parole semble seconde, dans le sillage lointain du geste technique… Les «scientifiques» de la parole essaient parfois d’envisager l’inverse : le mot premier se concrétise un jour dans un outil, qui entend ainsi « donner raison » à la matière… La leçon sur l’Egypte, qui vient ensuite, nous laisse effectivement des souvenirs d’objets-mots : le pschent, le sceptre, le fouet, la balance d’Osiris…, plus tard la férule du maître… Il y a aussi le geste qui parle, tout le langage visuel-gestuel et pas seulement auditif-vocal… Le geste, le mot, la chose : un peu comme la «pangée» à l’aube de la Terre, on imagine une parole première qui serait symbiose entre outil, geste et langage humain… et je lis cette surprenante hypothèse, dans le beau livre de Philippe Breton, «Eloge de la parole» (2003): «La disjonction de cette parole première, globale en une parole réservée aux humains et en une parole réservée aux choses est peut-être à l’origine de la séparation très tardive dans l’histoire de l’humanité, entre le monde de la politique et celui de la technique.». L’auteur s’empresse d’affirmer le caractère hautement spéculatif, sinon métaphorique de cette réflexion ; il n’empêche qu’il y a peut-être là une piste pour réconcilier les manuels et les intellectuels, combler le fossé qui sépare humanités et activités, et déstabilise tant notre école… Un «communicant» peut ainsi se définir comme un bavard dont la parole est sans action, sans effet «matériel», sinon l’irritation de celui qui la reçoit ; un dire nullement préoccupé de l’écoute, en aucun cas la «co-production» qui s’instaure déjà dans la conversation la plus banale… Dans notre maison d’école, trop de discours se situent en-deçà de cette parole la plus légère et la plus quotidienne : «Il fait froid, aujourd’hui, Mme X….» ; je n’ai rien à dire à Mme X., mais je lui dis au moins qu’elle est là, croisant mon chemin dans ce fichu temps de chien… L’éducation est une affaire de langage et de connaissance du monde (déjà ancien à notre naissance) ; une affaire de paroles, de gestes et d’outils ; de douceur, de justesse, de singularité…
par liseron @ 2003-10-07 08:37:37
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Samedi, 04 octobre 2003

Répit...

La documentaliste de mon établissement se résigne à mettre parfois « au pilon » quelques ouvrages surannés, qui appartiennent encore, pour certains, à la dotation de livres qui accompagnait généralement l’inauguration de tout nouveau collège (en 1966, pour mon collège; 2354 collèges ont été construits entre 1966 et 1975, nous rappelle Antoine Prost, historien passionnant de l’enseignement)… Elle me les montre et je découvre ainsi un très beau récit (prix jeunesse 1937), signé Georges Nigremont : Jeantou, le maçon creusois. L’auteur est en vérité une inspectrice de l’enseignement primaire, Léa Védrine (1885-1971), qui souhaite rapporter dans un livre les récits de son grand-père, paysan et maçon creusois… Cet ouvrage m’a rappelé un autre inspecteur limousin de l’Education Nationale, célèbre pour ses biographies : Jean Orieux, qui a écrit aussi un livre de mémoire sur son pays (« Ma vie n’était que le brassage de vies limousines.») : « Souvenirs de campagne »… On trouverait sans doute d’autres exemples de cette littérature des «inspecteurs» (Peut-être « Le pain aux lièvres », de Joseph Cressot ?). Question saugrenue : les inspecteurs écrivent-ils toujours des mémoires, des textes « fleuris » pour les élèves et leurs jeunes enseignants ? autre chose que les sempiternels rapports d’inspection ? Prosper Mérimée a rapporté de ses tournées d’inspection du patrimoine national de passionnants carnets de notes ; je rêve d’un semblable carnet pour les inspecteurs de l’enseignement… et la remarque (assez récente) d’une inspectrice venue dans mon collège m’avait réjoui : « Quand j’ai un peu d’avance, je vais au café du coin (« Le Soleil » ou « Le lion d’Or » dans mon village), je prends la température du pays… » On imagine toutes ces diverses notations, du café à la salle de classe (et l’on peut s’arrêter encore à la mairie, emprunter le bus scolaire, « manger à la cantine », suivre un conseil de classe, visiter bien sûr et quand même un professeur …), l’inspecteur des villes n’écrirait pas comme l’inspecteur des campagnes… et un nouveau tableau de la France pourrait se dessiner, dans lequel apparaîtrait une curieuse mosaïque scolaire. Il faut que cette passion du regard fasse défaut pour qu’un film sur l’école -Avoir et Etre- nous bouleverse tant, bouleverse autant un pays qui ne voyait plus ou ne croyait plus à cette école-là… Le film de Nicolas Philibert est à sa manière le rapport d’inspection manquant, celui qui donne du répit et non du dépit («répit / dépit» voisinent étymologiquement avec «inspecteur» ; riche famille de mots, dans laquelle je retrouve : soupçon, épices, espèce, spéculation, prospectus, respect, spectacle, auspice, perspicace…)
par liseron @ 2003-10-04 13:31:02
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Vendredi, 03 octobre 2003

Limites...

« Par son nom, l’enseignant est parent de l’enseigne et de l’insigne, qui sont des signes mis sur une chose pour que l’attention la remarque et l’identifie. » (J. B. Mauduit, Le territoire de l’enseignant »… Le temple, c’est l’espace délimité par l’augure dans le ciel et sur la terre, l’enclos sacré où se font les observations de signes, où s’exerce le regard attentif, la « contemplation » autrement dit… J’ai eu l’occasion de vivre, comme juré d’assises, dans l’espace tragique du prétoire : le décorum, les tenues qui semblent d’un autre âge, le rituel de la cérémonie judiciaire… pourraient faire penser à une théatralité du procès… que je n’ai jamais ressentie. Bien au contraire, dans cet espace très codifié, je n’ai jamais éprouvé si intensément la liberté de la parole, son pouvoir qui ne passe pas obligatoirement par l’éloquence, son humanité… L’école n’est pas le tribunal, mais pour être ce lieu du regard attentif aux signes, cet espace de contemplation…, ne doit-elle pas réfléchir à certaines limites ? filtrer les embruns du large, ne pas être totalement perméable à la société ? J’ai connu un lycée cerné de hauts murs hérissés de tessons de bouteilles ; un concierge qui traversait à bicyclette, la nuit, les grands dortoirs endormis… Haïr les murs, mais peut-être pas les haies, qui protége la Belle…
par liseron @ 2003-10-03 12:41:58
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Jeudi, 02 octobre 2003

A l'école de Clisthène...

« Pour ou contre le redoublement / Le LMD bouleverse les cursus / Un an pour refonder l’école… » Ce sont les titres à la Une du mensuel : « Le Monde de L’Education » (octobre 2003). Le remue-ménage scolaire paraît permanent et de la maison d’école déborde une écume qui alimente continûment la presse spécialisée. Le nouveau débat qui s’instaure en France est nécessaire… à la condition qu’on ne le renouvelle pas chaque année ; les réformes de l’institution sont nécessaires… à la condition qu’elles n’ébranlent pas l’édifice… chaque année. Par exemple, des parcours diversifiés, l’on est passé –ces années dernières- aux travaux croisés, des travaux croisés aux itinéraires de découverte… chamboulant au passage des unités fondamentales de notre école : une classe, une heure de cours, une salle de classe… Les initiatives « interdisciplinaires », qui viennent rompre la routine (une leçon de choses sur le terrain, la visite de l’église romane du village, l’observation du cadastre à la mairie…) n’ont jamais manqué à l’école ; certaines classes (à l’école primaire surtout) n’hésitaient pas à rompre avec la pédagogie traditionnelle dominante, mais ne devenaient jamais la norme (pédagogie de Célestin Freinet, par exemple). Confusion aujourd’hui de l’exception et de la règle…, de l’exception qui peut devenir la norme du jour au lendemain (ainsi pour les activités interdisciplinaires). La nouveauté, l’exception attirent inévitablement, mais dans un premier temps seulement et non plus à la façon de l’orange de Noël, qui émerveillait l’enfant d’autrefois… Les temps démocratiques ne sont plus les siècles d’aristocratie : « …il faut reconnaître, écrivait Tocqueville, que les espérances et les désirs y sont (dans les démocraties) plus souvent déçus, les âmes plus émues et plus inquiètes, et les soucis plus cuisants. » Nous sommes bien en pleine démocratie, et le débat national animé par Claude Thélot le souligne à l’envi. L’école, institution de la modernité démocratique, doit se mettre « … à l’école d’elle-même » (c’est le titre d’un article de Marcel Gauchet, écrit dans la revue « Le Débat », en 1985… et qui renvoyait déjà dos à dos les querelleurs « républicains » (tenants de la tradition) et les «pédagogues»… Le débat répercuté à l’échelle de l’arrondissement (environ 400 dans toute la France) et dans tous les lieux d’éducation devra dégager un nombre limité de priorités… Essayons : moins de bruit, plus de silence ; une école plus régulière, moins séculière ; plutôt romane que gothique ; une grande surface, mais qui ressemble à un jardin ; des jardiniers candides et Pangloss qui se tait… Hésiode plus que Homère ; des travaux et des jours paisibles… Une innocence et une ignorance qui condamneront la société à ne pas jouer Pénélope quand l’écolier revient de l’école… « A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles. »
par liseron @ 2003-10-02 07:55:19
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Mercredi, 01 octobre 2003

Abriter la rencontre...

Hier soir, l’une de mes collègues fêtait son départ à la retraite (il lui reste encore 4 heures de cours, selon les bons comptes de l’Education Nationale) ; elle n’a pas voulu, après plus d’un quart de siècle passé dans le même établissement, de cérémonie officielle, non plus de discours… seulement un petit cadeau, une photo de tout le personnel dans la salle de classe et puis la soirée au collège, autour d’un buffet, avec les retrouvailles de quelques «anciens»… et les profs patauds dans les cuisines, avec le personnel de service… et les rires des jeunes enfants qu’on emmène avec soi… Bref, une très belle détente scolaire, qui valait bien une réunion pédagogique… et qui ne fera l’objet d’aucun rapport, d’aucune évaluation… Tristes les collèges qui ont perdu, dans leur emploi du temps, ces petits moments de rencontre…
par liseron @ 2003-10-01 06:18:22
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Mardi, 30 septembre 2003

Abriter la parole...

Un malaise peut-être injustifié, mais ce cahier du jour est aussi fait pour essayer les mots et les idées ; aucune tribune péremptoire dans ces lignes… Donc les visites d’entreprises commencent pour les élèves de troisième qui doivent paufiner leur « projet d’orientation » ; des liasses –souvent publicitaires- rempliront le casier du professeur principal chargé de répercuter l’information sur toutes les «portes ouvertes» d’établissements les plus divers et autres manifestations professionnelles… (l’organisation pratique de tous ces déplacements, le stage d’observation en entreprise, les dossiers à ventiler… bref, toute la procédure concrète de l’orientation… n’incombent pas au conseiller d’orientation-psychologue, mais, dans mon établissement, à trois personnes principales : le professeur principal –qui doit souvent faire des incursions en première ligne familiale-, la secrétaire de l’Intendance et le Principal.) Les élèves volontaires de troisième (et ils étaient nombreux) se sont donc rendus tout récemment dans un foyer de personnes en situation de handicap mental géré par l’association Adapei… Mon heure de cours ne s’est pas déroulée normalement : première demi-heure avec les « non-visiteurs », et puis la ribambelle restante est arrivée, avec une très grande envie de parler… et on a donc parlé de cette « promenade » chargée de gravité… De telles rencontres in situ, à condition qu’elles n’empruntent pas les voies éducatives d’une « orientation touristique » (et l’année scolaire ne suffirait pas à cet « usage du monde »), me semblent positives ; elles économisent beaucoup de discours, de papier et l’étonnement, l’interrogation des élèves peuvent advenir… Au lendemain de cette visite, le journal local titrait : « La dignité pour tous / Pour que les « Journées de la dignité » prennent tout leur sens… » Faire connaître aux lecteurs d’une région les efforts et les difficultés d’une association comme l’Adapei, c’est tout à fait louable, mais ces Journées nationales traînant « le discours hypertrophié du don de soi et de la charité glorieuse » (j’emprunte la formule à Patrick Declerck, auteur de : «Les naufragés. Avec les clochards de Paris») deviennent pénibles au sein d’une Education Nationale qui n’a jamais autant bredouillé les mots de loi et de citoyenneté… L’article du journal a été photocopié pour qu’il soit « communiqué » aux élèves… Les élèves ont parlé, leurs paroles ont été reprises en classe… et puis sur la parole, telle la mouche du coche qui ne fait rien avancer, la « communication ». Parole et « com » me paraissent de moins en moins tout comme.
par liseron @ 2003-09-30 10:27:29
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Lundi, 29 septembre 2003

Le vieux monde...

L’arbre de la rénovation pédagogique contemporaine pourrait bien cacher la forêt des expériences passées les plus diverses. Les archives du début du XXe siècle nous rappellent ainsi quelques beaux exemples de parcours diversifiés, d’itinéraires de découverte... Ainsi dans mon « pays », le 16 septembre 1908, sous l’impulsion d’Adrien R., instituteur à Servance, et de Abel R., agent des Eaux et Forêts, a été créée la “Société Scolaire Pastorale-Forestière” ; même création, l’année suivante, à St-Barthélemy. Ces associations se donnaient pour but “d’attacher les sociétaires (élèves, anciens élèves et amis de l’école) à la petite patrie qu’est la commune, en les intéressant à sa prospérité et en les encourageant à mettre leurs efforts en commun pour l’accroître ; (...) d’organiser l’enseignement mutuel des notions pratiques de sylviculture et d’amélioration pastorale ; (...) d’assurer la conservation des nids, la protection des oiseaux destructeurs d’insectes nuisibles aux cultures.” A Servance, l’Association a ainsi réalisé des travaux de délimitation, de plantation et d’entretien dans les Bois du Mény d’Amont, de la Vanauge (où 5300 plants de résineux sont repiqués en 1909 et 1910) et de Chauves Roches jusqu’en 1962 ; des terrains d’une superficie d’une quinzaine d’hectares avaient été acquis dès la veille de la Grande Guerre. En 1981, du fait de la législation sur le travail des enfants, la dissolution de l’Association a été prononcée et le bois du Mény d’Amont légué gratuitement à la Commune de Servance. Rares sont aujourd’hui les personnes du village qui associent une partie du bois communal à un héritage scolaire… Loin de moi l’idée qu’il faut revenir en arrière, mais la table rase sur laquelle renaîtrait une école toute nouvelle fait sourire ; « … le monde est vieux, écrivait Hannah Arendt, toujours plus vieux qu’eux (les enfants), le fait d’apprendre est inévitablement tourné vers le passé, sans tenir compte de la proportion de notre vie qui sera consacrée au présent. » (La crise de la culture, 1954)
par liseron @ 2003-09-29 06:57:44
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Dimanche, 28 septembre 2003

Un bon mesureur public...

Samedi, midi, « salle des Profs »… Ma semaine se termine. Je déverse sur la table quelques poignées de pièces, vérifie la liste des élèves qui n’ont pas encore payer le livre (à 1 € 80) que j’ai commandé à la librairie de la ville voisine, transporté, livré en classe… Livre à 5€50 pour une autre classe… 65 livres au total… Une trentaine d’élèves ont également déposé dans mon casier leur feuille d’inscription à la séance « piscine », leur chèque ou de la monnaie pour adhérer au « Foyer rural » dans le cadre duquel se déroule l’activité de natation… mais cela n’a rien à voir avec le collège, avec l’EPS, le village est petit et tel professeur se retrouve bénévole pour animer un club, en compagnie souvent de parents d’élèves… Acheter un livre à la place d’une famille qui ne se rend pas souvent à la ville, emmener les enfants à la piscine ou à la patinoire situées assez loin du collège…, quantité de services s’organisent ainsi depuis longtemps, qui enchevêtrent aussi activités, institutions et domaines de responsabilité… Le droit mérite bien sûr d’être signifié à toutes occasions : pas question de bourrer 6 élèves dans sa deux-chevaux personnelle pour un déplacement, la fréquentation d’un bassin nautique requiert un encadrement dûment qualifié… Mais restons dans le domaine de l’argent : n’y a-t-il pas brouillage de vue, défaut de …mesure humaine… quand on nous fait remarquer : « Tout cet argent sur la table, c’est en-dehors de la légalité financière. » ? C’est vrai qu’on a pris l’habitude d’utiliser la caisse du Foyer socio-éducatif pour avancer l’argent à la librairie et le remboursement s’effectue jusqu’alors très correctement ; on ne s’est pas encore préoccupé « d’avance sur régie… », on n’a pas pris encore l’habitude de tout convertir en processus techniques… Plus possible, par autre exemple, de glisser le billet de 50 francs, soutiré de la «caisse noire», dans la main du dernier sagard des Vosges saônoises qui nous faisait visiter chaque année son établissement (un scieur qui travaillait avec l’énergie de la rivière, dans un moulin-scierie) et refusait tout paiement et toute paperasse comptable… Je me demande aussi comment la «coopérative» des célèbres classes Freinet parvient aujourd’hui à « blanchir » l’argent. Les profs, qui mesurent à échelle d’homme, n’y parviennent plus, qui découvrent par ailleurs, dans les journaux, une démesure qui s’évalue par milliards, dans les affaires touchant par exemple l’argent détourné des lycées et le financement des partis politiques (« les milliards du casse du siècle », titrait le journal "Le Monde" du 26 janvier 2000)… Tous ces exemples sont fastidieux à décrire, difficile à analyser (un élément vestimentaire comme le foulard n’est rien moins qu’anodin); j’ai choisi un petit élément financier, mais le sandwich impossible en pique-nique scolaire (pour des raisons de sécurité alimentaire) ou le kilomètre à pied devenu périlleux (après le drame du Drac) en disent long sur la difficulté à redéfinir une mesure qui ne soit pas une normalisation, une mesure qui laisse place à la confiance... Je découvre justement, dans les archives de mon village, un curieux métier, qui s’exerçait sur la place du marché au début du XIXe siècle, après l’imposition du système décimal : « peseur et mesureur public ». Ce brave homme devait harmoniser les différends entre acheteurs et vendeurs en établissant une table de comparaison des prix de chaque denrée suivant les anciens et nouveaux poids et mesures. « Il est recommandé au mesureur public, précise le document des archives, de n’employer que des procédés paisibles et doux, propres à instruire et non à mécontenter. » Un principal de collège pourrait être ce bon "mesureur public ".
par liseron @ 2003-09-28 07:06:31
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Vendredi, 26 septembre 2003

Un amour de petite école...

« Lettre ouverte à tous ceux qui aiment l’école » (Luc Ferry, 2003) ; « Une école élitaire pour tous » (Jack Lang, 2003)… 180 et 768 pages, signées respectivement par l’actuel ministre de L’Education nationale et par son prédécesseur ; livraisons qui s’ajoutent au monceau de livres sur la pédagogie. Je lis, dans l’encart publicitaire qui promeut le livre de J. Lang : «(…) redonner une boussole à une école depuis un an en perdition. On ne peut réformer l’école sans l’aimer.». Amour et temps qui passe… M. Lang redonne espoir : un amour défait si promptement doit pouvoir renaître de ses cendres… A moins que l’éducation (ou l’instruction), comme l’amour, ne vive à un rythme distinct de la trépidation quotidienne, de l’écume du jour… Comme Braudel soupçonnait différents ordres de durée (l’histoire immobile du milieu, l’histoire sociale et celle plus agitée de l’individu et de l’événement), on devine pour l’éducation un temps particulier, suffisamment étale pour ne pas inscrire nos travaux et nos jours dans le seul agenda du présent (ou du futur). L’école n’a pas changé en un jour, en une année… L’histoire de l’enseignement reste pourtant peu présente dans la formation des maîtres ; il est beaucoup question, dans les IUFM, de psychologie, de sociologie… L’école souffre d’un trop-plein de présent , préjudiciable au souvenir et au rêve.
par liseron @ 2003-09-26 14:40:52
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Jeudi, 25 septembre 2003

Révision : être et avoir...

Une classe unique sur le plateau d’Auvergne, du côté de Saint-Germain-L’Herm…, un pays sévère, battu par les vents, tout plein de congères l’hiver… Le film "Etre et avoir", de Nicolas Philibert, propose une anthologie d’instants, de moments scolaires…, un poème d’images arrivé à point dans la morne prose officielle de l’automne 2002. J’ai pensé à la poésie de Philippe Jaccottet: «Vraiment une fumée au pied des montagnes…/…pourtant (…) n’avons-nous pas, sans bouger, fait un pas au-delà des dernières larmes ?» (Philippe Jaccottet, "Après beaucoup d’années")
par liseron @ 2003-09-25 12:20:17
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Mercredi, 24 septembre 2003

La routine et l'artifice...

Sur Internet ou dans le journal « Le Monde », on peut lire des extraits du livre qui ne paraîtra pas : « Libre propos sur l’école », que devaient signer le ministre X. Darcos et le pédagogue le plus productif de sa génération, directeur aujourd’hui de l’Institut de formation des maîtres (IUFM) de Lyon, Philippe Meirieu. Le ministre a été invité à renoncer à la publication d’un ouvrage qui risquait d’interférer avec le débat national sur l’école. Je viens de lire, une fois de plus, des pages de P. Meirieu, inspirateur des dernières grandes réformes du système éducatif français (qu’il considère cependant très mal appliquées, la crise sévirait moins sinon)… La vingtaine de livres écrits par P. Meirieu -et consacrés à la pédagogie- trônent sur tous les rayons des IUFM, et l’auteur visite les classes, conseille le personnel politique à tous les échelons… Les profs, qui lisent –paraît-il- peu d’ouvrages pédagiques, connaissent P. Meirieu par ses interventions médiatiques et le rôle qu’il a joué dans l’aventure du ministère Allègre… J’ai apprécié la sincérité de l’homme dans le livre « La machine-école », qui retrace son parcours intellectuel dans un style très limpide et éloigné du jargon techno-pédagogique… C’est tout plein de générosité, de sentiments, d’enthousiasmes et de colères… ; de psychologie, de philosophie, d’histoire… P. Meirieu veut la réussite de tous et pourfend allègrement les poltrons de l’armée enseignante qui ne montent pas à l’assaut de « l’échec scolaire » et ne suivent pas les hussards bariolés de la pédagogie à tout va… P. Meirieu me semble finalement tellement sémillant que ses élèves (en a-t-il encore ?), contrairement à la préconisation de Rousseau (« Laissez mûrir les enfants dans l’enfance . »), doivent monter en graines très rapidement. Trop, c’est peut-être trop… ; me promenant hier dans une librairie, j’ai eu cette impression : P. Meirieu est à la vie de l’école ce que Jacques Salomé (que je ne connais également que par la myriade de titres à l’étal) doit être à la vie du couple. Surprise quand même : à côté du livre « Repères pour un monde sans repères » (Meirieu, 2002), un nouveau titre… insolite : « Récits d’enfance » (Meirieu, sept. 2003)… et cet aveu, dès la première page : « Il faut prendre le temps (…) De tenir dans sa main un fragment d’existence miniature plus étrange et plus riche que l’échafaudage de toutes nos justifications sociales. » Effectivement, à portée de main, de voix, de férule…, dans la classe du maître, du professeur, de l’enseignant…, toutes ces vies minuscules… que trop de généralités pédagogiques, politiques, sociales… ennuient terriblement. L’éducation, c’est heureusement le premier budget de l’Etat (français), mais aussi ce retour quotidien à l’intime et au foisonnement des situations. Un travail d’artisans et d’outils ; pas vraiment d’ingénieurs et d’engins. La routine plutôt que l’artifice…
par liseron @ 2003-09-24 12:45:43
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Lundi, 22 septembre 2003

Volant et poulie folle...

Qui parle de décentralisation ? Le Projet d’Etablissement, obligatoire pour chaque établissement public, est un petit rouage qui fait participer le collège au mouvement général de la grande machine-école, qui « permet à chaque établissement d’approuver sa contribution à la réalisation des objectifs nationaux de réussite des élèves. » (C’est écrit dans le B. O., le Bulletin Officiel). Le PDE de mon établissement « intègre et vérifie, dans son contenu actuel, une partie des préconisations faites par le groupe d’AUDIT ». Mon collège a effectivement été « audité » ; (au fait, c’est aujourd’hui la date de clôture pour « candidater » à des stages de formation.) Bref, pas de mouvement, de vie scolaire possible sans le Projet d’Etablissement. Quatre épreuves pourront départarger les projets, désigner les meilleurs : « diagnostic, définition des axes, élaboration et présentation d’un programme d’actions, évaluation ». Tout cela se décline en heures de veille (dans le bureau du chef d’établissement), en kilos de papier… pour « augmenter globalement la réussite, assurer la réussite des années-collège… ». Mais faute de lubrifiant, les rouages et les axes se grippent… Ce grand volant qui devait régulariser et harmoniser le travail à l’école -le Projet d’Etablissement- m’apparaît sincèrement comme une belle poulie folle…
par liseron @ 2003-09-22 11:18:26
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Samedi, 20 septembre 2003

Management et ménagement...

Hormis les rencontres obligées (avec les parents, le Conseil d’Administration…), les réunions suscitées par l’Administration de mon collège sont plutôt rares. Il y a bien sûr celle de la pré-rentrée (et chaque enseignant attend l’emploi du temps, les listes d’élèves…) ; une seconde réunion vient d’avoir lieu et, comme les années précédentes, … « Ils en ont parlé ! » La famille enseignante de mon collège n’est pourtant pas très nombreuse, mais la tension atteint son apogée, vers 18 heures… Cela commence par un déguerpissement, hautain et rageur, ou plus discret de celle ou celui qui a charge de famille et encore du chemin à faire. Et puis l’échauffourée se déclenche. J’étais dans la mêlée (alors que je cultive habituellement l’ « érasmisme », à l’écart des querelles et des clans). Mais ce soir-là, c’est Luther tempêtant qui sortait tout droit du sage Erasme… parce qu’une passion d’école n’est pas encore tout à fait éteinte. Notation donc de cette dispute inaugurale et traditionnelle dans mon collège ; imaginons-la, cette notation, de circonstance… puisqu’une nouvelle commission se met en place en France, présidée par M. Thélot, pour réfléchir –encore et toujours- à la crise scolaire. De quoi ont-ils parlé ? De l’affaire pédagogique bien sûr… 23 professeurs étaient présents (sur un total de 30, en comptant les demi-postes, les collègues travaillant dans un autre établissement), sérieux, consciencieux, qui venaient d’accomplir déjà leur journée de cours, qui… bref, le «Projet d’Etablissement » appelait un surcroît d’énergie et de réflexion (ce dernier mot signifie bien : changement de direction) : « Tutorat des élèves volontaires par d’autres plus âgés ; élaboration d’un dispositif visant à accroître l’intérêt des élèves à leurs propres résultats. » Cet ordre du jour s’est prolongé, dans l’absence d’une véritable conversation,  par le commentaire d’un questionnaire de motivation (que les élèves compléteraient), par l’éloge d’outils aussi variés que la carte à jouer (qui distribuerait la parole en classe et tirerait l’élève de la léthargie ou du brouhaha), ou la banque à questions pour que l’élève devienne « actif et acteur » (c’est le titre du livre dans lequel lit mon Principal (le directeur de collège, qui s’appelle Proviseur en lycée)… Projet d’Etablissement, en avant, toutes ! On s’est ainsi mis martel en tête, dans une confusion d’axes et de points… La Reconquista est à recommencer. Sans ça, l’année ne serait pas «donquichottesque » et le collège d'aujourd'hui ne verrait pas les moulins de la vieille école. Première idée qui ressort d’une telle soirée : le management ne vaut pas le ménagement… M. Thélot, préconisez une éducation ménagère ; le mot me rappelle le beau titre d’ Olivier de Serres : « Théâtre de l’agriculture et mesnage des champs »… Que l’on cesse de nous tirer sur la scène : mon école est aux champs ombreux, pas sous les feux. Ne pas brûler les planches, rester dans les coulisses… encore heureux dans les classes, mais malheureux en salle de réunion… (que l’on va heureusement déserter pour une saison). Je me plais aux champs…
par liseron @ 2003-09-20 10:53:46
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Jeudi, 18 septembre 2003

Un autre chemin...

Un saute-ruisseau, commis d’une étude (de notaire par exemple, voyez le début du Colonel Chabert) est un petit facteur, qui d’un bout de la ville à l’autre cherche des adresses, des directions… Après quelque 25 plis provenant du monde des choses, l’ami des arts (…et métiers) change de rive. Et puisqu’il est, par métier, « professeur », prenons pour quelque temps, le chemin de l’école… Mon école est à moins d’un kilomètre de chez moi et j’emprunte son chemin à bicyclette… Elle est située juste après, presqu’en face d’une usine (qui fabriquent des pièces en métal pour l’automobile). Ouvriers, écoliers se croisent plusieurs fois par jour… et les cyclistes redoutant la circulation motorisée roulent souvent sur les larges trottoirs… Pas de pistes cyclables, j’ai risqué plusieurs fois déjà l’accident. Il y a les mamans (et quelques papas) des élèves de l’école primaire (ce n'est pas mon école) que je salue aussi presque chaque matin (les piétons seulement), l’embouteillage régulier des voitures aux heures d’ouverture et de sortie de l’école, le jardinier qui aimerait que je m’arrête plus longuement pour parler… Depuis une dizaine d’années, le bruit et l’odeur de l’usine ont presque disparu : le martèlement des presses, les effluves d’huile refroidie… L’usine s’est aérée, éclairée… et j’aperçois l’ouvrier souvent solitaire, penché sur sa machine à commandes numériques. Cet ouvrier est jeune, souvent étranger au village, souvent diplômé (bac + 2)… , l’ouvrier n’est presque plus le fils du paysan pluri-actif des Vosges saônoises. Mon école, c’est le collège ; c’est après l’école (en France) et avant le lycée (qui se trouve à la ville voisine, distante de 10 km). Mon collège recrute essentiellement les élèves de mon canton (une douzaine de communes rurales, environ 6000 habitants). 361 élèves, répartis en 15 classes, fréquentent le collège des «Mille Etangs».

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